C'est par la grâce que vous êtes sauvés, au moyen de la foi

Publié le par la rédaction

Culte sur France culture,
le 29 octobre 2011.
 
 
Prédication de Raphaël Picon
 
Fête de la Réformation
(anniversaire de la naissance du protestantisme)
 
C'est par la grâce que vous êtes sauvés, au moyen de la foi.
Cela ne vient pas de vous, c'est le don de Dieu.
 
Voilà ce qu’on peut lire au deuxième chapitre de l’épitre de Paul aux Éphésiens. Par ces deux phrases, tout est dit, affirmerait Martin Luther, lui qui fut ce grand réformateur de l’Église au 16e siècle. Tout est dit, pensent aujourd’hui les protestants. Oui, tout est dit, c’est la grâce qui sauve et c’est seulement la grâce.

On lit dans la Bible : Cela ne vient pas de vous, c'est le don de Dieu.
C’est la grâce qui sauve et seulement la grâce. Ce ne sont pas les bonnes œuvres. Pas les bonnes actions. Pas les belles confessions de foi. Pas les actes héroïques. Ce ne sont pas les cultes qui sauvent, ce ne sont pas les Églises, les prêtres, ou les pasteurs. Non, si Dieu nous aime, si Dieu nous délivre et nous libère, si Dieu sauve, c’est par grâce et seulement par grâce.
Ceci est la grande conviction de Martin Luther. Et il la reprend à la suite de beaucoup d’autres. Cette conviction est au cœur de ce que l’on appelle le protestantisme. C’est la grande et bonne nouvelle de l’Évangile. Tout est grâce ! Tout est offert par grâce ! Nous n’y sommes pour rien. Vous n’y êtes pour rien. Vous pensez peut-être que tout cela n’est plus qu’une parole morte, une conviction desséchée, une vieille idée de théologien qui croit, encore, qu’on est au 16e siècle. A cette époque, en effet, on a peur de l’enfer, on redoute le purgatoire, on veut savoir comment échapper aux damnations éternelles et la conviction de Martin Luther est une réponse à ces angoisses profondes. Plus grand monde, aujourd’hui, ne partage ces angoisses et c’est tant mieux. Il n’en reste pas moins que ce salut par grâce, que ce salut par la grâce seule, reste une vraie bénédiction.
 
C'est par la grâce que vous êtes sauvés, au moyen de la foi.
Cela ne vient pas de vous, c'est le don de Dieu.
 
Je vous rappelle ce passage de la Bible aujourd’hui, parce qu’aujourd’hui c’est le dimanche de la Réformation. C’est la fête de la Réforme, la fête de ce grand mouvement de transformation que connaît l’Église à la fin du Moyen-Age. Ce mouvement va donner naissance à ce qu’on appellera un peu plus tard le protestantisme. Pour Martin Luther, pour le moine Martin Luther, il ne s’agit pas de créer une nouvelle Église. Il ne veut pas quitter le catholicisme, il veut le transformer. Ce sont des évêques et c’est le pape qui excommunient Martin Luther, qui refusent sa prédication. Fêter la Réforme, ce n’est pas rouvrir de vieilles plaies, plus ou moins cicatrisées, ce n’est pas non plus honorer quelques grands hommes des débuts du protestantisme. Fêter la Réforme, c’est fêter la grande conviction qui l’anime. C’est fêter l’essentiel de l’Évangile, ce qui fait de l’Évangile véritablement un évangile, ce mot grec qui veut dire bonne nouvelle. Et cet Évangile réduit à l’essentiel, le voici :
 
C'est par la grâce que vous êtes sauvés, au moyen de la foi.
Cela ne vient pas de vous, c'est le don de Dieu.
 
Fêter la réforme, c’est fêter cette conviction qui change tout, qui modifie en profondeur notre manière de penser Dieu, de croire en lui, de nous penser nous-mêmes devant Dieu. Ce qui change tout, c’est que maintenant ce n’est plus à moi, ce n’est plus à nous de gagner la reconnaissance de Dieu. Si c’est la grâce et seulement la grâce qui sauve, alors ce n’est plus à nous de faire quoi que ce soit pour se faire bien voir de Dieu. Le salut de Dieu ne récompense rien, aucune morale, aucune église, aucune confession.
Si Dieu existe et si Dieu nous aime, ce Dieu nous aime tous, indépendamment de ce que nous sommes, indépendamment de ce que nous faisons, indépendamment de ce que nous croyons. Dieu n’est pas indifférent à ce que nous sommes. Dieu n’est pas insensible à ce que nous faisons et croyons, mais Dieu nous aime en dépit de tout cela. Voyez-vous, on peut dire que le protestantisme, c’est le christianisme désintéressé.
C’est le christianisme qui s’en remet à Dieu seul, qui croit que le salut, c’est la part de Dieu et que nous n’y sommes pour rien. C’est-à-dire que le bien que nous pouvons faire, c’est pour les autres, et seulement pour les autres, de manière désintéressée. Ce n’est pas pour Dieu que nous faisons le bien, ce n’est pas pour prouver notre bonté, c’est par générosité, c’est par gratuité, c’est par grâce.
 
C'est par la grâce que vous êtes sauvés, au moyen de la foi.
Cela ne vient pas de vous, c'est le don de Dieu.
 
Voilà ce qui change tout : ce n’est plus à moi d’aller vers Dieu, comme si je devais gagner ses faveurs ; c’est Dieu qui toujours vient à moi. C’en est donc terminé de ce Dieu qui ne nous aime pas vraiment, de ce Dieu qui n’aime pas le monde. C’en est fini de ce Dieu qui fait peur, qui condamne, qui culpabilise.
Combien de nous avons souffert de la culpabilité chrétienne ! De l’image de ce Dieu jamais content, toujours insatisfait devant nos manquements, en guerre contre le monde. On culpabilise forcément devant ce Dieu qui nous demande toujours plus : être bon, être bon croyant, être bon mari, bon père de famille, mère parfaite, héros dans la vie et devant Dieu.
Non ! Le Dieu de la grâce, le Dieu pour tous, ce n’est pas la culpabilité, c’est la délivrance de toute culpabilité. Quand bien même tout nous condamne, et bien il y a au moins un lieu où nous ne sommes pas coupables : l’Évangile.
 
Évidemment on pourrait se réjouir de cette Bonne nouvelle d’un Dieu qui lève toute culpabilité, en confessant un Dieu laxiste, un Dieu qui permet tout, un Dieu tellement bon que les pires injustices trouveraient en lui pardon et indulgence. Il faut relire ici ces pages de la Bible, et elles sont nombreuses, elles sont même choquantes parfois, toutes ces pages qui révèlent un Dieu en colère. Un Dieu qui, précisément, ne se résigne pas devant le mal et la souffrance. Dans la Bible, Dieu juge et condamne aussi, et il juge et condamne, non pas des hommes et des femmes, mais tout ce qui empêche l’humanité de s’épanouir, de se libérer, d’être délivrée du mal et de la souffrance. Prêcher le Dieu de la grâce, ce n’est pas prêcher un Dieu sans justice et sans vergogne. C’est par grâce, aussi, que Dieu juge et condamne ce qui nous brise, ce qui empêche tout salut.
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Ce qui change tout, aussi, dans cette conviction que nous rappelle l’auteur de l’épitre aux Éphésiens, c’est que si tout est donné par grâce, plus personne ne détient les clés du salut. Plus personne ne peut dire à l’autre ce qu’il doit faire pour être sauvé. L’Évangile sonne le glas de toute forme de dictature de l’Église. Aucune église ne peut servir d’intermédiaire entre Dieu et nous. Aucun prêtre, aucun pasteur, aucune église, ne peut dire voilà où est Dieu et voilà où il n’est pas. L’Église ne peut pas faire le salut du monde ! Personne ne peut se croire propriétaire de la vérité de Dieu. Ce matin, nous sommes donc libérés de tous les faux prophètes qui utilisent la religion pour faire peur, ou qui nous disent : voilà ce qu’il faut faire devant Dieu. Non ! Pour Dieu et devant Dieu, il n’y a rien à faire ; Dieu, c’est la liberté.
 
Oui, cette Bonne Nouvelle d’un salut par la grâce seule, change beaucoup de choses. Elle change aussi notre manière de penser la foi en Dieu. La grâce sauve, au moyen de la foi, dit le texte, mais... ne refaisons pas de la foi une œuvre ! Quand on parle de foi, on ne parle pas ici d’une confession de foi, ou d’une adhésion à telle ou telle conviction. La foi, c’est d’abord et toujours ce mouvement de Dieu qui vient à nous, qui nous prend, qui nous saisit. La foi, c’est cette confiance que nous ressentons au plus profond de nous-mêmes, confiance envers ce Dieu d’amour et de liberté. C’est à travers cette confiance, au moyen de la foi, que nous reconnaissons cette grâce qui est à l’œuvre en chacun.
 
Tout cela est exprimé magnifiquement dans cette prière, du pasteur Charles Wagner, fondateur de la paroisse du Foyer de l’âme à Paris. Cette prière de 1913 s’intitule « Tu nous aimes ».
 
Éternel, tu nous as aimés le premier ;
avant que nous existions, avant nos pères,
avant les débuts obscurs dont sortit l’humanité,
tu nous as aimés.
Mieux qu’une mère en espérance d’enfant,
qui pense à l’inconnu qui sommeille en elle,
tu nous as aimés d’avance et portés.
Car nous sommes ton espérance.
Nous sommes ta crainte, ta joie et ta douleur.
Malgré l’immense peine que tu subis par nous,
tu nous as voulus et nous veux encore, toujours.
A travers les obstacles, les chemins perdus,
les gouffres, les ombres de mort,
tu nous veux, tu nous mènes, tu communies avec nous.
Tu nous aimes victorieusement,
avec une puissance devant laquelle tout cèdera.
Tu boiras avec nous les calices, tu combattras tous les combats,
tu descendras dans toutes les tombes,
jusqu’à la fin et la fin sera bonne.
(Charles Wagner, Devant le témoin invisible, Éditions Fischbascher, 1933.)
 
C'est par la grâce que vous êtes sauvés, au moyen de la foi.
Cela ne vient pas de vous, c'est le don de Dieu.
 
C’est Martin Luther qui redécouvre cela, en lisant la Bible. Dans sa Préface au Premier volume des œuvres latines (un texte de 1545), Martin Luther retrace le parcours spirituel qui lui a permis de découvrir cette gratuité du salut. Il raconte qu’en lisant l’épitre de Paul aux Romains, un texte qui se trouve dans le Nouveau Testament, qu'il est choqué par le début du livre : La justice de Dieu est révélée en l’Évangile. Martin Luther écrit :
 
« Je haïssais ce terme de justice de Dieu [...] Je haïssais d’autant plus le Dieu juste qui punit les pécheurs. »

Il écrit encore :

« Je m’indignais contre ce Dieu, nourrissant secrètement sinon un blasphème, du moins un violent murmure, je disais : comme s’il n’était pas suffisant que des pécheurs misérables et perdus éternellement par le péché originel soient accablés de toutes sortes de maux par la loi du Décalogue, pourquoi faut-il que Dieu ajoute la souffrance à la souffrance et dirige contre nous, même par l’Évangile, sa justice et sa colère. »
 
Pour Martin Luther, les choses sont simples : si l’homme est pécheur, un Dieu de justice ne peut lui être d’aucun secours. Un Dieu de justice, ce n’est qu’une condamnation de plus.
 
Martin Luther explique qu’il médite alors « jour et nuit » et qu’il découvre, écrit-il, « l’enchaînement des mots : la justice de Dieu est révélée en lui, comme il est écrit : le juste vit de la foi ».
Martin Luther explique alors que la justice de Dieu n’est pas liée à un mal qui aurait été commis ou subi, la justice de Dieu est ce que Dieu « opère en nous ». Cette justice n’est pas une punition ; elle est ce qui rend l’homme « plaisant » devant Dieu. Pour Martin Luther, cette justice n’est autre que celle du Christ qui, sur la croix, délivre l’humain de la puissance de la mort. Après cette découverte, Martin Luther, écrit qu’il est guéri de sa « rage », qu’il se « sent un homme né de nouveau et entré, les portes grandes ouvertes, dans le paradis même ».
 
La justice de Dieu, c’est donc ce que Dieu fait en nous, lorsqu’il nous rend plaisants, lorsqu’il nous permet de nous accepter nous-mêmes, de nous accepter tels que nous sommes même si nous ne sommes pas acceptables. C’est le grand théologien Paul Tillich qui a beaucoup développé cette idée. Je vous lis un passage d’un de ses livres, un livre qui s’intitule : Le courage d’être ; le courage d’être, c’est le courage de s’affirmer soi-même en surmontant tout ce qui nous met en incapacité d’exister. Paul Tillich écrit ceci :
 
« Au centre du courage de la confiance se trouve le courage d’accepter d’être accepté en dépit de la conscience de la culpabilité. Luther, et en fait toute son époque ont fait l’expérience de l’angoisse de la culpabilité et de la condamnation : ce fut la forme principale de leur angoisse. Le courage de s’affirmer soi-même en dépit de cette angoisse est ce courage que nous avons appelé le courage de la confiance. Il s’enracine dans la certitude personnelle, totale et immédiate du pardon divin [...]. On pourrait dire que le courage d’être est le courage de s’accepter soi-même, comme accepté en dépit du fait que l’on soit inacceptable. » (Paul Tillich, Le courage d’être. Paris, Laval, Genève, coédition Le Cerf, Labor et Fides, 1999)
 
C’est encore avec le pasteur Charles Wagner que nous pouvons prier :
 
Que sommes-nous pour embrasser du cœur ton amour et nos destinées.
L’un et l’autre sont plus loin que la portée de nos regards.
Mais nous t’aimons du fond des nuits,
O notre étoile immortelle et vivante.
De toutes nos infirmités, nous aimons ta force ;
de toutes nos laideurs nous aimons ta beauté.
Nous t’aimons comme le désert aime la source ;
comme le désespoir aime le salut,
comme le pèlerin aime l’ombre,
et le malade la santé.

(Charles Wagner, Devant le témoin invisible, Fischbascher, 1933.)
 
C'est par la grâce que vous êtes sauvés, au moyen de la foi.
Cela ne vient pas de vous, c'est le don de Dieu.
 
Qu’est-ce que cela veut dire, en réalité, quand on parle de grâce, de salut et de Dieu, finalement ? Quand on parle ainsi, est-ce qu’on n’est pas encore au Moyen Age ? Le salut, ce n’est pas d’abord le salut qui après la mort nous fera entrer dans le paradis. Le salut, c’est ce qui aujourd’hui nous permet d’échapper à l’enfer. L’enfer de la souffrance physique, psychique, l’enfer de la solitude, l’enfer de l’insignifiance, l’enfer de l’ennui, l’enfer du vide, de l’absurde.
La Bible nous raconte, page après page, un Dieu qui agit sous la forme d’une puissance de créativité. Dieu est un souffle de vie, une force de transformation créatrice qui nous réveille, nous relève et nous remet debout. Dieu est une puissance de salut qui nous permet de ne pas désespérer de nous-mêmes.
A chaque fois que nous sommes raccrochés à la vie, à chaque fois que nous nous sentons libérés de l’absurde, de l’insignifiance, de la solitude, de l’ennui, Dieu est à l’œuvre.
Le salut par la grâce, c’est ce qui permet de nous accepter nous-mêmes, même si nous ne sommes pas acceptables. A chaque fois que cela est possible, Dieu agit. Lorsqu’il redevient possible de croire en soi-même, de se faire confiance, lorsqu’il redevient possible d’aimer la vie et d’aimer le monde, et cela malgré tout, et bien Dieu agit et Dieu agit par grâce. Le salut n’est pas tant le paradis de l’après mort, que ce qui nous raccroche à la vie avant la mort. Le salut est une lutte, un combat, une résistance contre tout ce qui nous empêche de croire en l’humain et d’aimer la vie. Toute la prédication du Christ peut se résumer à cette seule parole : il est bon que tu sois là. Il est bon que tu sois là non pas pour réaliser telle ou telle chose, non pas pour accomplir tel ou tel projet. Il est bon que tu sois là, parce que Dieu lui-même te le dis en Jésus-Christ. Le Christ, c’est la prédication de la grâce, la prédication de cette grâce qui nous enseigne que nous sommes chacun, que je suis, que tu es, l’espérance de Dieu.
Contrairement à ce que l’on croit parfois dans le protestantisme, cette notion de grâce nous valorise et nous mobilise. La grâce est une manière de dire que l’humanité a de la valeur pour Dieu, que l’homme est une espérance de Dieu. Et loin de nous rendre indifférents et irresponsables, la grâce nous libère pour les autres. La grâce, c’est l’incarnation de Dieu, c’est un acte de solidarité profonde avec le monde, pour le transformer, pour le sauver, pour le rendre habitable pour tous.
 
Dans un de ses livres très connus, Le prix de la grâce, le théologien allemand Dietrich Bonhoeffer dresse un réquisitoire très violent contre une grâce à bon marché. Il écrit :
 
La grâce à bon marché, c’est la justification du péché et non du pécheur.
Puisque la grâce fait tout, toute seule, tout n’a qu’à rester comme avant.
Toutes nos œuvres sont vaines.
 
Pour Dietrich Bonhoeffer, rester les bras croisés devant le Christ en croix : voilà ce qui contredit et pervertit la gratuité engageante de la grâce. Le théologien condamne ici l’attitude de ces chrétiens si satisfaits d’eux-mêmes et de leurs petites assurances qu’ils oublient combien l’incarnation de Dieu lui a coûté cher. (Dietrich Bonhoeffer, Vivre en disciples in Le prix de la grâce. Genève, Labor et Fides, 2009.)
 
Dietrich Bonhoeffer écrit :
 
La grâce à bon marché,
c’est la grâce qui n’accompagne pas l’obéissance,
la grâce sans la croix,
la grâce abstraction faite de Jésus-Christ vivant et incarné.
 
La grâce nous aurait simplement rendu le monde plus acceptable. On peut alors démissionner et trouver vaine toute forme d’action. A cette grâce qui est devenue une forme d’aliénation religieuse, Dietrich Bonhoeffer oppose la grâce qui nous libère pour l’action, qui nous approuve pour nous engager, qui nous sauve pour incarner la vérité du salut.
 
C'est par la grâce que vous êtes sauvés, au moyen de la foi.
Cela ne vient pas de vous, c'est le don de Dieu.
 
Il n’y a rien à faire devant Dieu, lui qui nous sauve par grâce, mais avec Dieu beaucoup reste à faire. On dit parfois que croire au salut est une manière d’oublier le temps présent. Et c’est vrai que cette croyance au salut a souvent alimenté une forme d’aliénation religieuse. On préfère se consoler en pensant au Royaume de Dieu, que d’affronter les difficultés de l’histoire, pour s’endormir devant les tragédies du monde. Le Christianisme s’est souvent rendu coupable de non assistance. Ce salut pour plus tard est une belle manière de dire que le tout de la vie ne se résume pas à la vie d’ici-bas. Que nous n’avons pas le dernier mot sur notre existence et sur l’histoire. Mais ce salut pour demain, il commence aujourd’hui. Et c’est cela aussi que nous apprend le Dieu de la grâce. Ce Dieu de la grâce qui est aussi, je l’ai dit toute à l’heure, Dieu du combat, de la colère, du jugement.
 
Le théologien et pasteur Wilfred Monod, l’une des grandes figures d’un christianisme à la fois social et spirituel, ce théologien écrit :
 
La réalité présente est un mystère dont l’origine nous échappe ; et j’appelle Dieu l’effort partout manifesté pour transformer la réalité. C’est un effort intelligent, douloureux, sans cesse contrecarré. Avoir foi en Dieu, ce n’est pas une simple croyance intellectuelle, c’est un acte héroïque, c’est un enrôlement personnel au service de la vérité, de la justice, de la beauté, de l’amour. Dieu est un effort, un appel à transfigurer le réel. (Wilfred Monod, Aux chrétiens et aux athées. Paris, Éditions Fischbacher, 1909.)
 
Dieu nous donne son salut, il nous donne sa grâce, et c’est ce salut que nous incarnons dans nos luttes, dans nos combats, dans notre passion pour un monde plus juste, pour un monde plus gracieux.

La grâce, c’est le miracle de la naissance et de la renaissance. C’est ce qui m’approuve au plus profond de moi- même ; ce qui me rappelle à la lumière et me sort de l’ombre, de l’enfer. La grâce comme salut, c’est tout ce qui nous sauve de la fatalité, de la désespérance, d’un monde figé et fermé à toute nouveauté, à toutes nouvelles possibilités. Dans ce sens là, la grâce est ce qui nous réveille à l’existence, nous ressuscite, nous redonne du courage d’être. La grâce, c’est le fait d’être à nouveau possible. C’est le cadeau de la Réforme, c’est surtout le cadeau de l’Évangile, un cadeau pour ce dimanche et pour toute la vie. Cette grâce, elle t’est donnée !
 
Amen
 

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