L'histoire du temps où tout était encore bien..., tout au commencement

Publié le par la rédaction

Prédication du 06 mars 2017
(Genèse 2, 4-17, 2, 25 et 3, 7)
Prédication d'Olivier Schopfer,
pasteur à l'Église réformée francophone de Berne (Suisse)
 
 
L'histoire du temps où tout était bien
 
Dans la vieille ferme du Jura, la semaine a été rude, comme d'habitude. Il a fallu s'occuper des bêtes, balayer la neige, faire le fromage… mais ce soir, comme chaque semaine, on oublie tout ça. Toute la famille est rassemblée autour d'un beau feu de cheminée.
Et comme à chaque fois, l'un des enfants dit au grand-père : « S'il te plaît, grand-père, raconte-nous une histoire ! »
Et comme à chaque fois, le grand-père ronchonne un peu, se fait prier.
Puis il demande à son tour : « Et quelle histoire je devrais raconter ? »
Alors l'enfant dit : « Et si tu nous racontais l'histoire du temps où tout était encore bien ? Tu sais, tout au commencement ! »
* * *
Le grand-père hoche la tête. Un grand silence se fait. On entend que le crépitement des bûches dans la cheminée. Puis il commence : « Il était une fois, il y a très longtemps, mais alors très longtemps ! À l'époque où tout était bien, à l'époque où l'on ne connaissait pas encore le malheur, la violence, la souffrance et même la mort… »
Et le grand-père poursuit son récit. Il raconte à sa manière l'histoire de la Genèse. Comment Dieu a créé Adam, le terreux, et Ève, la vivante. Et pour eux un beau jardin.
Les enfants écoutent l'histoire, et les yeux de leur imagination peuvent voir ce jardin. Ils peuvent aussi ressentir là, maintenant, cette impression que tout est bien. Quand grand-père raconte une histoire, c'est un peu le paradis !
Et puis les enfants ont encore le vague souvenir de leur tendre enfance, de ces moments tous serrés contre leurs parents. Peut-être même qu'ils ont des réminiscences d'avant leur naissance, dans le chaud cocon du ventre maternel.
Les parents écoutent aussi grand-père raconter l'histoire. Ils la connaissent, bien sûr, depuis longtemps.
La maman se demande si ce temps merveilleux a vraiment existé, si ce n'est pas un mythe. Pourtant elle aime entendre cette histoire, ça la touche. Elle y sent quelque chose de vrai.
Le papa lui, a fait son choix. Pour lui, ce paradis originel est imaginaire.
Vient le moment où Dieu, dans le récit de grand-père, prononce son fameux interdit. En réalité, c'est d'abord une permission : celle de manger de tous les fruits de tous les arbres du jardin… tous sauf un.
À chaque fois qu'il entend ça, le papa se demande pourquoi nous nous intéressons toujours plus à ce qui est interdit qu'à ce qui est permis ! Et il se dit qu'au moins sur ce point, l’histoire à quelque chose de vrai !
La maman elle, se demande ce que c'est que cet arbre de la connaissance du bien et du mal. Elle pense à sa dure vie à la ferme, et elle se dit : « Le bien, le mal… le bonheur, le malheur, nous connaissons ça presque trop bien ! C'est notre réalité ! Mais comment quelqu'un peut-il vouloir connaître le mal ? ! Comment quelqu'un peut-il vouloir devoir mourir ? ! »
* * *
C'est alors que le grand-père, les yeux pétillants de malice, décrit l’homme et sa femme qui se promènent tout nus dans la nature, comme ça, sans se gêner !
Les enfants rigolent. Les parents imaginent de tendres choses… mais tous sont contents de ne pas être tout nus. D'abord, même avec le feu de cheminée, il ne fait pas si chaud… et puis c'est vrai que la nudité, ce n'est pas si simple. On est confronté à son corps réel, qui n’est pas toujours comme on aimerait qu'il soit !
Survient le serpent, un peu comme le bandit au théâtre Guignol : Les enfants crient tous : « Attention ! ». Mais la victime ne les entend pas, elle ne voit pas le danger !
Dans le récit, la femme ne se rend pas compte qu'elle se fait embobiner : « Vous ne mourrez pas. Au contraire, vous connaîtrez le bien et le mal, le bonheur et le malheur : vous serez comme des dieux ! »
Alors bien sûr, en entendant ça, le papa se dit : « Ben voilà, les malheurs du monde viennent des femmes ! »
Mais il ne le pense pas vraiment…
Et bien sûr, la maman se dit qu’au moins cette femme était courageuse ! Pas comme l’homme qui suit bêtement ce que sa femme lui dit de faire ! « Encore un qui se laisse conduire par son estomac ! »
Et ça, elle le pense assez sérieusement !
* * *
« Alors elle en a mangé… et elle lui en a donné, et lui aussi, il en a mangé ! Alors leurs yeux s’ouvrirent ! »
Quand grand-papa raconte cela, on a de la peine à décider si c'est une bonne ou une mauvaise nouvelle !
Peut-être que ce n'est simplement pas une nouvelle, parce qu'on le sait déjà. Parce que nos yeux sont ouverts, sur le bonheur, sur le malheur… et sur notre propre nudité !
Parce que nous passons nos vies à ne pas vouloir voir que nous sommes pleins de doutes, sur nous-mêmes, sur les autres, sur Dieu ! Nous passons nos vies à cacher notre nudité, notre fragilité.
* * *
Les enfants ont écouté l'histoire jusqu'au bout. Ils sont contents d'être des enfants, de grandir. Ils font déjà des projets. Un jour, ils partiront, ils quitteront leur enfance, ils iront à la rencontre du bonheur et du malheur. Mais maintenant, ils vont se coucher !
Les parents eux, restent encore un moment dans le salon. Les braises sont encore vives. Le silence est revenu.
Au bout d'un moment, le père dit : « Dans le fond je me demande s'il pouvait en être autrement. Ne sommes-nous pas faits pour aller à la rencontre de nos vies ? Ne sommes-nous pas faits pour les parcourir, de la naissance à la mort ? Aux risques du malheur, mais avec l'espoir du bonheur ! »
Sa femme réfléchit un moment, puis elle dit :
« J'aime entendre cette histoire. Elle ne parle pas de culpabilité, elle dit quelque chose de ce que nous sommes. Nous sommes tous un peu ce premier homme et cette première femme. En fait, nous ne commençons à exister qu'au moment où nous désirons connaître le bonheur et le malheur ! Bien sûr, ça nous coupe de nos parents, et ça nous coupe de Dieu !
Mais c'est pour les retrouver autrement, dans une relation différente, une relation de vis-à-vis ! »
Quant au grand-père, il ne disait plus rien. Il écoutait sa fille et son beau-fils discuter. Mais on le devinait, loin dans ses pensées.
Et il souriait !
 
Amen
 
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