Dieu peut-il se faire entendre quand des voix venues du monde se confondent avec la sienne ?

Publié le par Jean Besset

Culte-conférence au Temple de l'EPU de Romans-sur-Isère,
 
le 11 juin 2017
 
Ecclésia Reformata : (Jean 15, 12-17) : une spiritualité de l’autocritique
 
par Jean Besset,
pasteur de l'Église protestante unie de France
 
Fatigués par la répétition des idées du passé, on aimerait que les choses changent en matière spirituelle. On voudrait innover afin que la pensée au sujet de Dieu se modernise.  Mais, en même temps, on aspire aussi à plus de stabilité. Nous sommes en pleine contradiction intérieure ! On voudrait qu’en matière de foi les choses évoluent et aussi qu’elles restent immuables !
 
Mais tout cela n’est que fiction !
 
Les idées rassurantes sur Dieu que nous croyions avoir bercé les générations qui nous ont précédées ne l’étaient pas. Le péché pesait d’un poids énorme sur les consciences et vouait à l’enfer quiconque se croyait coupable. La menace était telle qu’on a dû inventer l’existence du purgatoire afin de mettre un peu d’espoir dans la vie des croyants.
 
On avait alors procédé, comme si on pouvait disposer à sa guise de la volonté même de Dieu et dessiner selon la fantaisie des penseurs du moment  les frontières du paradis. Ainsi se laisse-t-on trop souvent aller à imaginer l’existence d’un Dieu  dont la réalité reste imprécise à notre esprit  et dont on se plait à modifier l’aspect, suivant les idées en vogue. La Réforme avait-elle été le produit  d’une nouvelle mode ?  S’était-elle appuyée sur ce principe quand elle a défini l’Église comme étant une réalité qui devait être réformée et toujours à réformer afin de proposer aux hommes un Dieu acceptable ?
 
Si je me suis permis de tels questionnements, c’est que nous ne sommes pas au clair sur la notion de Dieu. Qu’on le veuille ou non, nous avons seulement conscience  qu’il relève d’une réalité qui nous dépasse. On cherche parfois à s’en libérer en s’appuyant sur les philosophes du moment, d’autant plus qu’ayant hérité des idées sur Dieu de nos pères, il nous parait opportun de nous en séparer ou de les faire évoluer à notre guise pour nous sentir libres par rapport au passé.
 
En fait la question de Dieu ne nous laisse pas indifférents. Qu’on l’accepte ou qu’on le rejette on aimerait que cette intuition sur lui s’accorde avec nos idées modernes. On aimerait que les églises nous y aident en se réformant radicalement. Cela ne parait pourtant pas être le cas et nous nous sentons bien seuls face à nos questions spirituelles, car il y a des moments où « ça parle en nous »1 et pour essayer de capter ces voix intérieures et les comprendre, nous ne pouvons que nous appuyer sur ce que nous avons appris des autres.
 
Mais qui est ce Dieu, cet Être suprême, ce Tout autre, celui qui vient ainsi bousculer nos pensées et parler en nous ? Et pourquoi le fait-il ? L’affaire est trop personnelle pour en parler à ceux qui nous entourent, surtout par les temps qui courent où toute question sur Dieu parait obsolète voire même suspecte. A qui confier nos inquiétudes, si non à Jésus ? C’est lui qui nous semble le plus à même pour nous aider à percer le mystère de ce Dieu qui vient par moment habiter nos pensées.
 
Jésus partait du principe selon lequel les ancêtres du judaïsme avaient perçu de Dieu, qu’il était bon. Cette idée se trouvait dans les Écritures qui parlaient de la générosité d’un Dieu créateur qui accompagnait ses enfants dans leur histoire. Mais tout cela n’était pas gratuit et tous ne pouvaient se reconnaitre comme ses enfants. Seuls ceux qui se revendiquaient comme appartenant à son peuple le pouvaient et lui  devaient une obéissance absolue. Cela impliquait donc que  l’on devait rejeter et détester les autres qui n’étaient pas ses enfants, si bien que dans leurs pensées, l’amour que l’on devait à ses semblables était aussi fort que la haine avec laquelle on devait regarder ses ennemis. Ces idées avaient  acquis force de loi et impliquaient que l’on devait rejeter quiconque ne partageait pas cette pensée. Tel était le monde dans lequel Jésus a commencé son ministère !
 
L’intimité de Jésus avec Dieu lui fit entendre une autre voix. Il comprit que Dieu avait une valeur universelle et que l’amour pour lui n’impliquait pas le rejet des autres mais impliquait qu’on devait les aimer eux aussi. Moïse avait enseigné à séparer le bon du mauvais et considérait que quiconque n’était pas avec Dieu était son ennemi. Était-il possible d’entendre Dieu autrement que Moïse l’avait fait ?
 
La notion de blasphème s’imposa alors dans le discours des adversaires de Jésus, on entreprit lentement d’équarrir le bois de sa croix et de forger les clous de son supplice. La suite donna cependant raison à Jésus. Même si beaucoup de ceux qui se réclament de lui pensent encore le contraire, sans oser le dire, un fait semble désormais acquis, c’est celui, selon lequel la connaissance de Dieu peut se transmettre par étapes et que les acquis de la pensée à son sujet peuvent toujours s’enrichir.
 
Il fallut  bien admettre que la pensée de Jésus était le reflet de la pensée de Dieu et que l’amour de Dieu pour les hommes impliquait l’amour des hommes pour tous les hommes. Le péché prit alors une autre coloration et concerna désormais plus l’offense aux hommes que l’offense à Dieu. C’est encore dur à admettre aujourd’hui ! Sans le dire explicitement, Jésus avait posé un principe  nouveau selon lequel  l’écoute attentive de la parole de Dieu impliquait le fait qu’il  était nécessaire de réformer périodiquement la manière de dire Dieu en fonction des progrès que faisait la connaissance des hommes à son sujet.
 
Héritier de ce nouveau principe sur Dieu l’Église était désormais équipée pour la conquête du monde. Une longue histoire allait commencer. Mais on a plus retenu les persécutions qu’elle subit au cours des premiers siècles  que de la lente acquisition du pouvoir dont l’Église s’empara progressivement. C’est là que le bât blesse. C’est l’empereur Constantin qui modifia les choses en se donnant pour dépositaire de la volonté de Dieu.
 
Au moment de sa conversion, en mettant le signe de Jésus sur ses étendards, « in hoc signo vinces, » il imposa la religion chrétienne comme seule religion de l’empire. La légende devint vérité et il fut admis que c’est sous l’effet d’une vision divine que le souverain reçut la faveur de Dieu. Cette vérité s’imposa au même titre que l’Évangile et sous couvert des conciles, l’empereur décida de la foi de chacun.
 
Il  expulsa les évêques récalcitrants, condamna les hérétiques, et refusa même à Dieu une autre autorité que celle du pouvoir temporel.
 
Évidemment Dieu ne cautionnait pas une telle doctrine, mais on avait réussi à étouffer sa voix ! Et l’Église, tout au moins celle qui avait droit de cité, fut bien aise de partager le pouvoir avec le souverain. Les choses furent engagées ainsi pour longtemps.
 
Il est bien évident que Dieu ne restait pas silencieux pour autant. Des hommes et des femmes entendaient sa voix mais ceux qui en rendirent témoignage furent  éliminés, exécutés, brûlés. Une chape de silence tomba sur l’Église et pendant des siècles, on décida que telle était la volonté de Dieu !  Puis, les siècles passants, le cours de l’histoire s’inversa. Le pouvoir changea de camp, la vérité  sur Dieu prit une autre allure. Enfin, sa voix fut à nouveau audible.
 
Il fut alors admis que la volonté de Dieu ne s’imposerait plus par la force. Le vent de la Réforme contenu jusqu’à présent put enfin souffler et la voix de Dieu à nouveau se fit entendre. Pierre Valdo, Jean Huss, Martin Luther et les autres tentèrent une parole à leur corps défendant. Un nouveau principe commença  à s’imposer comme l’expression de ce souffle qui venait de Dieu : Ecclesia reformata, sed ecclesia reformanda. La Réforme naissante découvrait un principe inhérent à la révélation elle-même et sur lequel  Jésus s’était déjà appuyé.
 
Elle s’appropria, sans s’en apercevoir, un principe qui remontait à Jésus lui-même. Il s’agissait d’affirmer l’idée selon laquelle aucune  vérité ne pouvait s’imposer sans être éclairée par une parole de Dieu qui s’adaptait au cours du temps. Ni l’Église ni personne n’était propriétaire d’une vérité immuable sur Dieu. L’Église désormais devait rendre témoignage d’une pensée capable d’évoluer et qui devait s’adapter au cours de l’histoire.
 
Il fallait désormais que les églises (on passe du singulier au pluriel) cherchent à écouter fidèlement la parole de Dieu et la mettent en pratique. Comment alors écouter, et surtout, comment entendre ? Devait-on tout transformer ou modifier quelques aspects seulement ? Qui allait s’arroger l’autorité pour interpréter correctement une parole venue de Dieu et la dire aux peuples ?
 
Une assemblée de croyants serait sans doute plus à même de percevoir cette vérité qu’un seul individu, c’est pourquoi la Réforme adopta le régime des assemblées à tous les niveaux. Mais était-ce normatif ?  Dieu pouvait-il se faire entendre quand des voix venues du monde se confondaient avec la sienne ? Ainsi les grands problèmes sociaux bousculèrent-ils les églises au titre même de la fidélité à Dieu.
 
Le problème de la guerre et de la paix, aussi bien que celui des pauvres et des esclaves, celui de la justice sociale, celui du rôle des femmes, de l’accueil des étrangers, des couples de même sexe, de l’écologie n’ont pas cessé de bousculer les consciences dans des églises toujours en quête d’une parole de Dieu sur toutes les questions qui se posaient à elle.
 
La voix de Dieu pouvait-elle être occultée par d’autres voix que la sienne ou se confondre avec elle ? Les églises ont toujours eu beaucoup de mal à l’entendre et à réformer leurs institutions pour les adapter aux sollicitations du temps. Mais qu’elles le veuillent ou non il leur faut le courage d’écouter, d’entendre et de réagir.
 
1Et maintenant, la question posée au début réclame un éclairage qui aidera chacun à savoir comment interpréter ses propres voix intérieures.
 
De quel Dieu, ces voix nous parlent-elles ? Qui a autorité pour nous imposer une opinion plutôt qu’une autre ? C’est d’amour plus fort que la mort qu’elles nous parlent. C’est cette vérité, cueillie sur les lèvres de Jésus qui nous invite à la méditation intérieure et qui avoisine à la prière, à la patience aussi, car la vérité a toujours  besoin de temps pour s’imposer.
 
Dieu, qui parle en nous par son esprit aura toujours assez d’amour et de patience pour nous amener à comprendre quel est le chemin le mieux adapté pour construire notre vie et accomplir avec nous les projets qu’il formule pour tous. Il nous invite alors à nous prendre par la main et à entrer avec son Église dans ce mouvement de réforme permanente  dont dépend notre avenir à tous.
 
Amen
 
Texte aimablement adressé par l'auteur pour publication
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Publié dans Prédications, Jean Besset

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Tschiember 20/06/2017 08:47

merci pour cette prédication.