Comment lire la Bible ?

Publié le par la rédaction

Quatre manières de lire la Bible
 
 
1. « Voici les Paroles de Dieu »
 
Il faut les croire et obéir sans discussion.
 
Selon cette conception, la Bible est tout unanimement la Parole de Dieu et toutes les instructions qui y sont contenues doivent être comprises à la lettre comme venant de Dieu. Aimer Dieu de tout son cœur signifie tout simplement lui obéir fidèlement.
 
L'avantage de cette conception est qu'elle est sans ambiguïté et ne permet pas d'hésitation
 
Elle présente néanmoins deux inconvénients. D'une part elle peut conduire à une attitude rigide. D'autre part elle se heurte à des problème considérables lorsque des différences surgissent entre les textes de la Bible, notamment entre l'Ancien et le Nouveau Testament.
Il est d'ailleurs paradoxal de constater que c'était justement la conception de ceux qui reprochaient exactement à Jésus et à Paul de ne pas la suivre !
 
De nombreux chrétiens déclarent adhérer à cette position, mais en réalité la plupart y sont peu fidèles et laissent forcément de côté un grand nombre de commandements. Ils abandonnent notamment l'ordre de lapider les adultères (Dt 22, 22), de s'abstenir de viande contenant encore du sang (Lév 19.26), de ne pas manger des animaux « impurs » (Lév 11), de ne pas porter des vêtements tissés de deux fibres différentes (Lév 19,19), de respecter absolument le sabbat, de récuser le prêt à intérêt (Lév. 25, 27), de refuser la parole aux femmes dans l'Église (1 Ti 2, 11-12), d'obliger les femmes à porter le voile durant la prière (1 Co 11), d'approuver l'esclavage (Col 3, 22), d'interdire tout divorce (Mc 10, 11) etc.
 
2. « Voici la Parole de Dieu »
 
Il faut sélectionner
 
Selon cette conception, il faut sélectionner dans la Bible les passages qui sont plus importants que les autres. Beaucoup de ceux qui déclarent adhérer à la conception précédente suivent en réalité celle-ci, y compris, d'ailleurs, de nombreux fondamentalistes. Cette sélection n'est pas arbitraire ou laxiste mais est à faire dans l'esprit de la Bible.
 
C'était la position de Matthieu et de Luc :
 
Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites ! Vous payez la dîme de la menthe, de l'aneth et du cumin, et que vous laissez ce qui est le plus important dans la loi, la justice, la miséricorde et la fidélité : c'est là ce qu'il faut pratiquer, sans négliger les autres choses. (Mat 23, 23, Luc 11, 42)
 
De même Jésus dit :
 
- Il ne disparaîtra pas de la loi un seul iota ou un seul trait de lettre, jusqu'à ce que tout soit arrivé. (Mat 5, 18)
Mais dans les passages suivants il privilégie les thèmes de l'amour pour les ennemis, le meurtre, l'adultère, le divorce etc.
 
L'inconvénient de cette approche est qu'elle affirme la pérennité de tous les commandements, même des plus petits, tout en reconnaissant que Dieu peut en avoir modifié certains.
C'est ainsi que Dieu commande la circoncision des païens qui se joignent au peuple (Genèse 17), alors que l'Église primitive a cru bien faire de supprimer cette exigence, au grand scandale de certains des premiers chrétiens (Actes 15)
 
Un exemple un peu différent est celui du respect du sabbat. Certains récits rapportent qu'il donnait aux besoins humains une priorité sur le commandement de ne rien faire ce jour-là. En plusieurs occasions il aurait parfaitement pu remettre au lendemain son œuvre de guérison, mais il choisit de donner l'avantage à la compassion sur le respect de la loi. Une loi l'emporte sur une autre, comme aujourd'hui les ambulances transgressent les limites de vitesse.
 
L'avantage de cette conception est qu'elle permet de décider de l'importance relatives des diverses prescriptions.
 
Son désavantage est qu'elle laisse penser que chacun peut décider en fonction de son propre intérêt. C'était d'ailleurs sur ce point que Jésus et Paul étaient l'objet de critiques.
 
La question se pose donc de décider dans quel cas une prescription l'emporte sur une autre : la compassion à l'égard des païens permet donc de renoncer pour eux à la loi de la circoncision et la volonté de guérir surpasse le repos du sabbat. Pourra-t-on de la même manière dépasser les prescriptions concernant les esclaves, les femmes, le divorce ? Et... les conduites homosexuelles ?
 
Certains pensent que oui, dans tous les cas. D'autres non. En ce qui concerne l'homosexualité notamment, il est clair que les positions prises dépendent des valeurs des uns et des autres plutôt que des textes bibliques eux-mêmes, que chacune des parties respecte également officiellement.
 
3. « En ces textes se trouve la Parole de Dieu »
 
Il faut être critique et engagé
 
Les partisans de cette approche reconnaissent comme les autres que Dieu parle tout spécialement dans la Bible, mais ils affirment aussi que la « Parole de Dieu » a été faite homme et non livre et que l'autorité des Écritures demeure donc toujours au-delà d'elles-mêmes. Ils vont plus loin que les tenants de la deuxième manière dans leur critique des Écritures : Lorsque des passages bibliques approuvent la violence, la discrimination, les injustices, ils les déclarent en opposition avec le message général d'ouverture et de vérité de la Bible ; ils ne se sentent pas obligés de les défendre comme « Parole de Dieu ».
 
Un exemple de cette manière se trouve dans l'évangile de Marc où Jésus déclare, à propos des lois bibliques concernant l'alimentation, que non seulement elles ne doivent plus être appliquées, mais encore qu'elles n'ont jamais été valides :
 
- Il n'est hors de l'homme rien qui, entrant en lui, puisse le souiller ; mais ce qui sort de l'homme, c'est ce qui le souille. (Mc 7, 15)
 
Un exemple actuel de cette approche est la question de l'homosexualité. Les auteurs bibliques considéraient en leur temps l'homosexualité comme une perversion délibérée ou du moins comme la conséquence d'une perversion délibérée. On ne le pense généralement plus de nos jours et on considère que la discrimination à l'égard des homosexuels, qu'elle soit dans l'Église ou dans la société, est injuste. Ce qui contredit certains passages de la Bible.
Mais dans la logique de cette troisième manière, tout dépend du « on ne le pense généralement plus de nos jours ».
 
L'avantage de cette conception est qu'elle donne tout son poids à la culture et à la science contemporaines dans la réflexion sur la Bible.
 
Son désavantage est l'évident arbitraire des décisions qui sont finalement prises, arbitraire plus important encore que dans la deuxième approche.
 
4. « Ta Parole est une lumière sur mon sentier »
 
Il faut dépasser la question du bien et du mal
 
Lorsque nos contemporains ouvrent la Bible ce n'est sans doute pas pour y rechercher une morale : les récits des écrivains religieux de l'ancien Israël témoignent, en effet, de la présence divine auprès des hommes, suggèrent un nouveau regard sur Dieu et sur nous-mêmes, de nouvelles relations les uns avec les autres, ce qui touche évidemment beaucoup plus au cœur que la seule question du bien et du mal : c'est la Parole de Dieu lui-même qui nous interpelle à travers ces textes ; c'est toute l'expérience des premiers croyants qui nous atteint. Plus qu'une morale, c'est d'une nouveau façon de vivre avec les autres hommes qu'ils témoignent.
 
Par exemple, la parole de Jésus
 
Le sabbat a été fait pour l'homme et non pas l'homme pour le sabbat (Marc 2, 27)  montre qu'aux yeux de Dieu les hommes sont plus importants que les lois, même les lois des Écritures. Aimer Dieu et son prochain résume tous les commandements :
 
Un des scribes, qui les avait entendus discuter, sachant que Jésus avait bien répondu aux sadducéens, s'approcha, et lui demanda :
 
- Quel est le premier de tous les commandements ?
 
Jésus répondit :
 
- Voici le premier : Écoute, Israël, le Seigneur, notre Dieu, est l'unique Seigneur. Et : Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta pensée, et de toute ta force. Voici le second : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Il n'y a pas d'autre commandement plus grand que ceux-là.
 
Le scribe lui dit :
 
- Bien, maître ; tu as dit avec vérité que Dieu est unique, et qu'il n'y en a point d'autre que lui et que l'aimer de tout son cœur, de toute sa pensée, de toute son âme et de toute sa force, et aimer son prochain comme soi-même, c'est plus que tous les holocaustes et tous les sacrifices. (Marc 12, 28-34)
 
Paul disait aussi :
 
Toute la loi est accomplie dans une seule parole, celle-ci : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même ». (Galates 5, 14)
 
Ce ne sont donc pas des lois indiquant le bien et le mal qui règle notre conduite les uns avec les autres mais l'amour que nous inspire l'Esprit :
 
Le fruit de l'Esprit est amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, fidélité, douceur, maîtrise de soi ; la loi n'est pas contre de telles choses. (Galates 5, 22-23)
 
Paul déclarait que ceci dépasse même les lois bibliques :
 
- Il n'y a donc maintenant aucune condamnation pour ceux qui sont en Jésus-Christ. En effet, la loi de l'Esprit de vie en Jésus-Christ m'a libéré de la loi du péché et de la mort. Car  chose impossible à la loi, parce que la chair la rendait sans force – Dieu, en envoyant à cause du péché son propre Fils dans une chair semblable à celle du péché, a condamné le péché dans la chair ; et cela, pour que la justice prescrite par la loi soit accomplie en nous, qui marchons, non selon la chair, mais selon l'Esprit. (Romains 8.1-4)
 
Et encore :
 
- Nous servons sous le régime nouveau de l'Esprit et non plus sous le régime ancien de la lettre. (Romains 7, 6)
 
Conclusion
 
L'Écriture est, certes, « une lumière sur notre sentier ». Mais il arrive qu'à certains endroits la lumière ne soit plus suffisante, on ne voit pas tous la même chose ou on n'y voit plus rien, on ne sait plus où l'on va... Ce n'est pourtant pas une raison pour nous réfugier dans la Première manière.
 
Nous ne pouvons pas fuir la responsabilité qui demeure toujours la nôtre.
 
Nous continuerons à lire l'Écriture et, faillibles mais responsables, nous déciderons courageusement du chemin qui sera le nôtre.
 
Nous ne nous perdrons pas, car nos frères, comme nous, lisent la Bible, nous écouterons ce qu'ils nous disent et nous y trouverons la vérité.
 
Bill Loader,
professeur de Nouveau Testament à la Murdoch University de Perth (Australie)
 
Traduction Gilles Castelnau
 
Texte original en anglais ► 4 approaches to Scripture
 
Source : Protestants dans la ville, le 17 décembre 2003
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