La Cène chez Ulrich Zwingli, fondateur du courant réformé

Publié le par la rédaction

La Cène chez Ulrich Zwingli
 
Interview imaginaire
 
On vous a beaucoup reproché de faire de la Cène une célébration vide, une sorte de cérémonie du souvenir où le Christ n'est pas présent.
 
Il s'agit d'une calomnie. J'ai seulement dit et je maintiens que le Christ n'est pas présent dans le pain et dans le vin. Cette croyance superstitieuse, beaucoup trop répandue, fait du sacrement un acte de magie. Par contre, il vient et entre dans nos cœurs, dans nos esprits, dans nos existences. Le corps du Christ, ce n'est pas le pain, mais l'assemblée des fidèles ; ils sont transsubstantiés par l'action de l'Esprit agissant en eux.
 
Cela se passe quand ils prennent la Cène ?
 
Non, le Christ se trouve présent en eux avant qu'ils ne reçoivent le sacrement. C'est l'Esprit qui rend le Christ présent, non un rite ou un bout de pain. L'Esprit ne dépend pas des cérémonies. Il n'a pas besoin des sacrements pour nous atteindre. Bien au contraire, les sacrements ont besoin de l'Esprit pour être vrais. L'Esprit leur donne du sens et de la valeur ; ils n'en ont pas par eux-mêmes.
 
Mais pourquoi alors des sacrements ? Ne sont-ils pas inutiles pour les vrais croyants ?
 
Le sacrement relève du témoignage. En le prenant, le croyant déclare publiquement, au su et au vu de tous, ce que le Christ a fait pour lui, ce que le Christ représente dans sa vie. La foi ne peut pas rester intérieure et secrète ; elle doit se manifester ouvertement, s'exprimer. Si je suis croyant, il me faut le dire au monde et à mes frères en Christ ; il me faut me déclarer publiquement serviteur et soldat du Christ. Voilà ce à quoi sert le sacrement, voilà pourquoi il est nécessaire.
 
Le sacrement sert-il à rendre visible la foi ?
 
Exactement. J'appartiens à l'Église invisible parce que l'Esprit a fait naître, a suscité dans mon cœur la foi. Mais une Église qui reste invisible ne serait pas une vraie Église. Il lui faut devenir visible, se faire voir pour témoigner du Christ et le servir. Le sacrement fait passer de la foi personnelle et intime à la vie communautaire.
 
Doit-on célébrer souvent la Cène ?
 
On doit la célébrer régulièrement, mais pas trop souvent. En tout cas, pas tous les dimanches ; je suggère quatre fois par an, cela me paraît un bon rythme.
 
Pourquoi pas plus souvent ?
 
Permettez-moi une comparaison pour le faire comprendre. Un peuple a besoin de temps à autres de grandes célébrations pour marquer son unité. Il prend ainsi conscience de former un ensemble ; chacun se rappelle qu'il appartient à une communauté de concitoyens. Pour que ces célébrations remplissent leur rôle, il ne faut pas en faire trop souvent. Une fois par an, la fête nationale a un certain éclat et de l'effet ; si elle avait lieu chaque semaine, elle deviendrait insignifiante. De la même manière, des amis se réunissent de temps en temps pour un banquet qui scelle et manifeste leur amitié. S'ils organisent un repas ensemble tous les jours, il ne sera plus un moment fort et significatif de leur amitié. Ou encore, je ne célèbre pas chaque semaine le jour de naissance de mes enfants, mais chaque année ; ce qui permet d'en faire une vraie fête.
 
Il en va exactement de même chose pour la Cène. Elle manifeste la réalité de l'Église, du peuple de Dieu à la fois pour ceux qui en font partie, les croyants, et pour ceux qui n'en font pas partie, les non-croyants. Pour qu'elle remplisse bien cette fonction de manifestation publique, il faut qu'elle reste un événement marquant. Quand on la célèbre chaque semaine, on la prive de son sens, ou on en fait une superstition. Par contre, notre foi personnelle a besoin d'être nourrie chaque jour et chaque semaine par l'écoute de la parole de Dieu : nous avons besoin de cultes et d'études bibliques très fréquentes, comme nous avons besoin de repas quotidiens pour nos corps.
 
André Gounelle,
Professeur émérite de la Faculté libre de théologie protestante de Montpellier
 
Source : Le Christianisme au vingtième siècle, n° 289, 19 janvier 1991
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