Huldrych Zwingli, un réformateur majeur

Publié le par la rédaction

Huldrych Zwingli (1484-1531) :

Un père de la Réforme
 
Huldrych Zwingli est un personnage complexe et multidimensionnel. Humaniste et autodidacte, penseur religieux et réformateur, patriote et figure nationale suisse, certains ajoutent prophète biblique. Il est tout cela en une personne, dont la vie et l'action sont conditionnées par l'histoire suisse durant le premier tiers du XVIe siècle. Assez mal connu en France comme théologien, Huldrych Zwingli est totalement ignoré comme exégète. Pourtant ses commentaires bibliques sont très nombreux, ce qui marque l'intérêt qu'il portait à l'exégèse. On sait que, très tôt, il fait le projet de mettre dans les mains de tous les fidèles une traduction de la Bible en langue alémanique. D'abord il révise et adapte la traduction du Nouveau Testament de Martin Luther, puis une édition des livres historiques et poétiques, toujours d'après la traduction de Martin Luther ; enfin, il s'attaque aux livres prophétiques. Trois ans avant la parution de la célèbre Bible de Wittenberg (1534), Zurich sort une Bible, magnifique ouvrage typographique illustré en partie par Hans Holbein.
 
Les débuts de Huldrych Zwingli
 
Huldrych Zwingli naît à Wildhaus dans le Toggenburg, au pied du mont Santis (Suisse orientale), quelques semaines après Martin Luther, le 1er janvier 1484. Il ne concède que deux mois à peine au réformateur de Wittenberg né, lui, le 10 novembre 1483. Après avoir été élève de l’école primaire, il est inscrit à l'université de Vienne en 1498, il passe en 1502 à celle de Bâle où il est formé dans l'esprit de la via antiqua ; il y devient bachelier ès arts en 1504 et maître en 1506.
Nommé à la cure de Glaris après un semestre d'étude de théologie, il est ordonné prêtre à Constance. Son séjour à Glaris (1506-1516) est interrompu par deux voyages en Italie du Nord (Novare, 1513 ; Marignan, 1515), où il accompagne les troupes suisses comme aumônier. D'abord partisan de l'alliance papale, il obtient du Saint-Siège une pension annuelle de cinquante florins, à laquelle il renonce en 1520. La défaite sanglante de Marignan lui ouvre les yeux sur les méfaits du mercenariat et du régime des pensions.
Ses premiers écrits sont des poèmes de portée politique : Allégorie du bœuf et autres animaux (1510), Le Labyrinthe (1516). En même temps, il se plonge dans l'étude des scolastiques et des Pères, puis, sous l'influence d'Érasme, il se met à étudier le grec (1513) et copie les épîtres de Paul (en grec), d'après l'édition du Nouveau Testament (Bâle, mars 1516), pour les mémoriser suivant le conseil que donne Érasme dans l'Enchiridion. Huldrych Zwingli est d’abord un humaniste, sa visite à Érasme à Bâle, au printemps 1516, lui laissera une impression durable.
Déjà dans un poème de 1510, Érasme insinuait qu'il était vain de chercher un bien quelconque en dehors du Christ, alors que celui-ci est « la source de tout bien, sauveur, consolateur et trésor de l'âme » ; Huldrych Zwingli adhérera pleinement à cette thèse.
Gagné au pacifisme, il milite pour la neutralité de la Confédération dans les luttes politiques que se livrent les grandes puissances. À la fin de 1518, il se retire à Einsiedeln, où il devient curé. S'il tente à Einsiedeln de rénover la prédication par le recours aux textes de l'Écriture et des Pères, il reste dans la ligne traditionnelle. Le succès de sa prédication et son opposition à l'alliance française le désignent aux suffrages du chapitre de Zurich, qui l'élit le 11 décembre 1518 comme curé de la cathédrale. Il arrive à Zurich le 1er janvier 1519.
 
La Réforme de Zurich à la Suisse…
 
Lorsque Huldrych Zwingli arrive à Zurich, la ville n’est pas encore véritablement gagnée à la Réforme. Huldrych Zwingli se déclare contre le renouvellement de l'alliance française, question alors à l'ordre du jour ; le canton de Zurich est le seul des cantons suisses qui y renonce effectivement en 1521 et il se trouve de ce fait isolé. Il se détache également de l'alliance avec le pape et les Habsbourg. En septembre 1519, Huldrych Zwingli est atteint de la peste. La mort rôde dans sa chambre. Alors il prie. Deux de ses prières sont devenues célèbres. Le Seigneur intervient et Huldrych Zwingli se rétablit. Il écrit alors un chant de louange. Cette épreuve éclaire le prédicateur, il réalise alors le néant de la créature : tout vient de Dieu (1520). Dès lors, Huldrych Zwingli cherche à la fois à concilier sa quête personnelle, le salut de son peuple (Zurich et la Confédération) et les implications morales, sociales et politiques que cela comporte. Pour lui, il y a opposition radicale entre Dieu et la créature ; opposition qui l'amène à éliminer de la doctrine et du culte tout ce qu'il considère comme inventions humaines dans les dogmes, pratiques et accessoires de piété. Il développe ses positions sociales dans De la justice divine et de la justice humaine. Les années 1522 et 1523 marquent le tournant. Huldrych Zwingli entre d'abord en conflit avec l'autorité diocésaine sur des points de discipline : abstinence, célibat ecclésiastique. D’ailleurs, plus tard, le 2 avril 1524, Huldrych Zwingli épouse Anne Reinhard, veuve d'un magistrat, de laquelle il eut un fils. Il propose soixante-sept thèses, sur lesquelles le Conseil autorise la prédication sur la seule base de l'Écriture. Durant ces années cruciales (1522 et 1523), Huldrych Zwingli s'appuie de plus en plus sur le Conseil de la ville. Les paroissiens et le Conseil de Zurich prennent son parti et Huldrych Zwingli entreprend la réforme de la ville (1522). Persuadé par Huldrych Zwingli, le Conseil de Zurich abolit la messe en 1525. Cette même année 1525, il instaure dans le chœur de la cathédrale de Zurich, en remplacement de l'office choral supprimé en décembre 1524, un cours biblique ouvert aux chanoines, aux membres du clergé et à l'élite de la ville. Ces cours ont lieu tous les jours, sauf le vendredi. Huldrych Zwingli, assisté d'un étudiant ou d'un collègue, commente les textes, utilisant pendant ces leçons tant les versions latine et allemande que les versions hébraïque et grecque. Les anabaptistes se séparent de lui considérant que sa réforme n'est pas assez radicale notamment sur le baptême et sur l’idéal qu’ils se font de l’Église pure. L'Ancien Testament joue également un rôle important dans son opposition avec les anabaptistes. Huldrych Zwingli accorde aux livres de l'Ancien Testament une place importante tout en donnant toujours la priorité au Nouveau Testament sur l'Ancien. Pour Huldrych Zwingli, on ne doit lire l'Ancien Testament qu'à la lumière du Christ et non l'inverse ; on ne peut trouver dans l'Ancien Testament que ce qui est exprimé en Christ. Huldrych Zwingli entre en conflit avec Martin Luther à qui il s'oppose au colloque de Marbourg (1529). Pour lui, dans la cène, le Christ est présent dans les cœurs par son Esprit et non dans les espèces. Ayant contribué à la réforme de l’Église de Zurich, Huldrych Zwingli va travailler à l’expansion des idées de la Réforme en Suisse alémanique. De Zurich, la Réforme s'étend rapidement en Suisse. Berne, Bâle, Saint-Gall, Schaffhouse et certaines régions de l'Allemagne du Sud y adhérent. Huldrych Zwingli ne se contente pas d'être un leader spirituel mais intervient aussi en politique. Il combat la coutume du mercenariat et se joint au corps expéditionnaire dans ses campagnes militaires contre des cantons catholiques. C'est à la bataille de Kappel qu'il trouve la mort en 1531.
 
Selon André Gounelle1 : « Huldrych Zwingli développe ses thèses surtout dans de petits textes écrits à la hâte. Sa pensée est cependant forte et originale. Il apparaît comme le véritable père du courant réformé. On trouve chez lui la plupart des thèmes essentiels que reprendra et développera ensuite Jean Calvin : la souveraineté absolue de Dieu, la prédestination, la différence radicale entre le Créateur et les créatures, l'Alliance, l’importance de l'Esprit, la théologie comprise comme connaissance de Dieu et de l'homme, la nécessité d'une lecture savante de la Bible selon les méthodes, l'organisation ministérielle de l'Église, la critique de l'anabaptisme. Sa pensée a aussi une dimension politique et sociale... dont les accents font parfois penser à ceux des théologies de la libération. »
 
Après sa mort, c'est Henri Bullinger (1504-1575), humaniste gagné à la Réforme par Philippe Mélanchton, qui reprend le flambeau de la Réforme à Zurich.
Frédéric Verspeeten
1 André Gounelle, in Encyclopédie du protestantisme, éditions Labor & Fides et Le Cerf
 
Source : Le blog de Liens protestants, le journal du Nord
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