La foi s'explique-t-elle ?

Publié le par la rédaction

D’où vient notre besoin de croire ?
 
Les neurosciences posent une question cruciale aux religions : Notre cerveau est-il conçu de telle manière que nous sommes biologiquement portés à croire ? Dans ce cas, la religion serait un besoin naturel de l’homme, comme l’affection, par exemple. Ou alors, sommes-nous programmés pour croire ou ne pas croire en fonction de nos gènes ? Une autre hypothèse suppose que les croyances religieuses sont liées à certains dysfonctionnements du cerveau. Pour le démontrer, il s’agit de trouver des facteurs neurologiques qui favorisent la religiosité. On sait que certains délires mystiques sont liés à des troubles nerveux. Selon Theodor Landis, professeur de neurologie à Genève, les croyances religieuses pourraient provenir de certaines sensations de présence liées au dysfonctionnement du gyrus angulaire, une partie latérale du cortex cérébral.
 
La religion, un phénomène à géométrie variable
 
Pour diverses raisons, la réalité est un peu plus complexe que cela. Les découvertes neurologiques sont à prendre au sérieux et apportent une contribution certaine à la connaissance des expériences religieuses, mais il serait exagéré d’imaginer qu’elles apportent des réponses univoques et définitives. Jusqu’à présent, les neurosciences ont mis en lumière plusieurs sortes d’influences de l’activité cérébrale sur nos expériences religieuses, sans jamais parvenir à expliquer la religion dans tous ses aspects.
 
On reconnaît généralement qu’au moins cinq grands domaines entrent en jeu dans la composition d’une religion :
 
- Premièrement, un héritage historique qui se transmet de génération en génération et qui peut être assimilé par un apprentissage, par exemple le catéchisme biblique dans le christianisme. 
- Deuxièmement, une expérience personnelle de la foi, qui peut être très banale, parfois émotionnelle ou plus rarement extraordinaire, comme lors des visions des grands mystiques. 
- Troisièmement, la religion met en jeu un vécu communautaire qui crée une certaine communion des pratiquants. 
- Quatrièmement, la religion suppose des croyances, des réflexions sur le monde et des consignes pour la vie concrète. C’est le domaine de la théologie et de l’éthique.
- Enfin, la religion étend son influence à tous les domaines de la vie humaine qui forme un tout.
 
Les multiples causes possibles de la religion
 
On comprend qu’il devient difficile, voire impossible, de tenir compte de tous ces aspects dans une seule expérience scientifique, raison pour laquelle les théories expliquant l’origine de la religion sont très nombreuses et se complètent les unes les autres. Les explications des neurosciences, par exemple, concernent prioritairement le deuxième domaine. En fait, il serait simplificateur de considérer les neurosciences de façon isolée, car leurs théories font partie d’un ensemble bien plus vaste d’explications de ce qui nous conduit à croire. Je vous propose un bref tour d’horizon des théories existantes, des plus matérialistes aux plus spirituelles.
 
Jusqu’à présent, les recherches génétiques ont montré que la pratique de la religion dépend faiblement des gènes et plus fortement de notre environnement familial et culturel. Les théories darwinistes, plus concluantes, supposent que la religion est un comportement sélectionné par l’évolution. Par exemple, en donnant des valeurs et une espérance commune à un groupe humain, la religion augmenterait sa force de résistance et donc ses chances de survie. Cela expliquerait pourquoi la plupart des peuples de l’histoire ont été religieux. Viennent ensuite les théories psychologiques, notamment celle de Sigmund Freud selon laquelle la religion serait une régression de l’adulte qui cherche refuge en Dieu comme le petit enfant trouve refuge en ses parents. Des théories plus intellectuelles expliquent la religion par l’idée que l’esprit subsiste après la mort du corps et qu’on peut entrer en contact avec le monde des esprits au moyen du culte. En prolongeant cette idée, la religion s’expliquerait par la morale, en supposant que l’on se comporte mieux lorsque l’on se sent observé par Dieu. Enfin, la religion s’expliquerait par une révélation, donc par l’action directe des dieux dans la vie des hommes. En affirmant que Dieu a visité le monde en y envoyant son Fils, le christianisme appartient à cette dernière catégorie.
 
Les neurosciences, la spiritualité et la liberté
 
Difficile de s’y retrouver dans ce foisonnement de raisons qui peuvent nous pousser à croire, auxquelles s’ajoutent celles fournies par les neurosciences. Là encore, il y a plusieurs approches complémentaires. L’enjeu majeur semble être le suivant : Est-ce le cerveau qui produit la religion, ou plus modestement, la religion qui laisse son empreinte dans le cerveau ? La première option est scientifiquement la plus critique envers la foi. En 2003, Jacqueline Borg, neurobiologiste à Stockholm, a par exemple établi que « la propension à la religiosité dépend du taux de sérotonine », une substance produite par le cerveau. La religion avoisinerait l’effet hallucinogène d’une sorte de drogue. La seconde option est souvent adoptée par des chercheurs qui accordent plus de crédit à la spiritualité. Ils mènent des expériences avec des moines bouddhistes ou chrétiens, afin d’étudier l’effet de la méditation ou de la prière sur l’activité du cerveau.
 
Au-delà de toutes ces théories scientifiques, reste l’option la plus déconcertante qui élève le débat au niveau philosophique : Peut-être que la foi ne s’explique tout simplement pas, car elle est un choix libre et responsable de nous attacher au Dieu de Jésus-Christ. Cette affirmation de la liberté de la foi n’est-elle pas au cœur du protestantisme ?
 
Gilles Bourquin, théologien
 
Article paru dans La Vie Protestante Neuchâtel-Berne-Jura en juin 2013.
 
Source : Théologie et spiritualité, le 01 juin 2014

Commenter cet article