Distinction entre le protestantisme classique et la mouvance évangélique

Publié le par la rédaction

Des protestants indéfinis
 
À propos de l’interview récente de Marcel Gauchet dans Réforme, on peut contester qu’il y ait à distinguer, aussi rapidement qu’il le fait, ce qui serait du protestantisme classique et de la mouvance évangélique.
 
Ce n’est pas la première fois, dans l’histoire du protestantisme français, que des missions étrangères introduisent chez nous des courants spirituels de type évangélique. On leur doit ainsi, depuis le XVIIIe siècle jusqu’à aujourd’hui, non seulement l’Armée du Salut, la Mission Populaire Évangélique, entre autres, mais aussi nombre d’œuvres sociales, caritatives, culturelles ou religieuses. En ce dernier domaine, on peut citer la Société des Missions évangéliques de Paris, d’abord filiale de celle de Londres, dont l’action est devenue l’une des réussites historiques du protestantisme français.
 
Britanniques, Allemands, Suisses, Étasuniens, Scandinaves, etc., ils ont importé en France le revivalisme anglo-saxon, le piétisme rhénan ou prussien, le socialisme évangélique romand, tout autant ou plus que le barthisme ou la théologie du Process
 
Spirituellement, la plupart des protestants français « classiques » ont cela dans leurs gènes. Il existe chez nous fort peu de communautés dont la réalité sociologique doive tout à une pure hérédité huguenote ou luthérienne… Les Cévennes elles-mêmes ont été travaillées par ces missions et ce n’est pas d’aujourd’hui qu’on y trouve des born again !
 
Il y a là comme un processus de régénération repérable sur le long terme : face à la sécularisation, le protestantisme « classique » perd des forces dans deux directions, l’agnosticisme et l’évangélisme. Mais à terme, nombre d’éléments de la mouvance évangélique le rejoignent et remplissent les vides. En effet, un taux élevé de ferveur n’est supportable que pour peu de temps, il faut un jour un retour réflexif sur la phase éruptive qui a été vécue. C’est pourquoi les petits-enfants de fervents pentecôtistes burkinabés récemment convertis me demandaient naguère de la formation en exégèse historico-critique de la Bible…
 
En bref, la distinction entre protestants et évangéliques est une pure apparence, du moins sur le plan sociologique. Il s’agit d’un mode de reproduction mis au point depuis longtemps dans les sociétés protestantes. Si ce n’est que les phases en sont irrégulières, et que, selon le temps, c’est l’une qui prend le pas sur l’autre.
 
Mais ce qui n’est pas pris en compte dans cette affaire, c’est ce que le protestantisme fait de ceux qui sont partis dans l’autre direction, ceux qui, comme un Cévenol me le disait un jour, « campent à la porte du temple »…
 
Par opposition aux membres des paroisses luthéro-réformées ou des diverses communautés évangéliques, nombre de protestants englobés dans un fourre-tout nommé « protestantisme sociologique » ont en réalité soif d’une spiritualité beaucoup plus marquée par le doute et la recherche que celles qui leur sont proposées. C’est ce qu’un certain nombre de mouvements et de centres leur offraient depuis quelques décennies, et qui manque aujourd’hui, faute d’une réflexion ecclésiologique qui dépasse la distinction entre « association 1905 » et « association 1901 »…
 
Journal Réforme, novembre 2007
Jean Alexandre, pasteur
Source : Site de Jean Alexandre

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