Méditation sur Jérémie 20, 7

Publié le par Jean Besset

La pratique de l’amour, fait partie de cette  révolte que Dieu met en nous pour changer le monde :
 
Une réflexion pour accompagner une méditation sur Jérémie 20, 7
« Tu m’as séduit Éternel et je me suis laissé séduire
Tu m’as saisi et tu as vaincu. Je suis chaque jour en dérision et
Tout le monde se moque de moi. »
 
Tout individu qui réfléchit à la réalité des choses, finit invariablement par se dire que Dieu ne peut faire cause commune avec ce monde.  Il y a incompatibilité entre  lui, que nous supposons  en phase avec l’univers et la société des humains qui  se complaisent à multiplier les rivalités et les inégalités. Toute forme d’harmonie entre les êtres devient alors impossible. Ceux qui voudraient  faire entrer la notion de Dieu dans une telle réflexion pourraient seulement dire que le Dieu qui conviendrait aux humains ne pourrait être qu’un Dieu injuste et sectaire qui n’affermirait sa toute puissance qu’en cautionnant  les rivalités et les injustices. Mais si c’était le cas,  le monde à la destiné duquel il préside aurait disparu depuis longtemps. A l’inverse, c’est le Dieu de l’harmonie auquel nous aspirons secrètement qui n’aurait que peu de chances d’exister. Dans le meilleur des cas c’est le Dieu qui se confond avec la nature qui aurait l’heure de nous plaire, mais il n’aurait aucune incidence sur le devenir des hommes.
 
Voila le raisonnement qu’aurait pu tenir Jérémie s’il avait prolongé plus loin la pensée qu’il développe dans le passage que nous avons cité en exergue.  Il en serait sans doute arrivé à conclure qu’il y a inadéquation entre le Dieu dont les hommes se réclament généralement et la réalité du Dieu qu’il perçoit. Mais malgré tout, il ne peut concevoir un autre Dieu que celui-là. Bien évidemment quand il développe de telles idées en contradiction les unes avec les autres, les hommes se moquent de lui. Non seulement il en souffre, mais il remet aussi en cause l’idée qu’il a de Dieu. Qui le délivrera de  ce raisonnement absurde dans lequel il s’enferme ? Qui nous éclairera si nous avons l’audace de le suivre sur cette voie là ?
 
La  sagesse ne  consisterait-elle pas pour lui à cesser de se poser tant de questions, à accepter de vivre dans ce monde où il est et de profiter du temps qui passe en rendant grâce à Dieu de ce qu’il y a de bien dans son existence  sans soulever des problèmes auxquels personne ne saurait répondre ? Ce n’est pas à lui de porter sur ses frêles épaules  toutes les inégalités de ce monde ! Dieu ne le lui demande pas ! Tels pourraient-être les arguments que lui opposeraient ses meilleurs amis s’il en avait comme ce fut le cas de Job. Évidemment, il ne pense pas comme eux !  Si le Dieu auquel il croit est cohérent avec ce qu’il lui inspire, sa protestation contre ses semblables qui ne l’écoutent pas, est justifiée. S’il y a de la cohérence dans le Dieu auquel il croit, il doit se jeter à corps perdu dans la bagarre, dut-il y laisser  sa vie.
 
Il se doit de contester le bien fondé de cette société de privilégiés où il se trouve et de polémiquer contre ses semblables,  contre les prêtres et même contre son roi.  Il ne peut pas tout garder en lui sans le dire, l’esprit qui l’anime lui suggère  de le faire, c’est pourquoi, il se refuse à taire cette vérité qui lui fait si mal et à la garder pour lui. En même temps, tout en se reconnaissant comme trop faible pour agir efficacement il reproche à Dieu de ne pas lui en donner les moyens.
 
Voila ce que pense Jérémie. Il  est à la foi en accord avec son Dieu qui lui inspire ses protestations et il lui reproche en même temps de ne pas lui donner la force, ni le pouvoir d’agir efficacement. Il le laisse s’enferrer dans une révolte de façade  qui ne lui attire  que des désagréments.
 
Pourtant, en protestant comme il le faisait, Jérémie donnait la parole à tous ceux qui n’étaient pas satisfaits des injustices dans lesquelles ils se trouvaient et contre lesquels les ils se sentaient seuls. Il justifiait ainsi, tous les contestataires qui se réclament de Dieu pour dire leur insatisfaction.  Ils entendent  au fond d’eux-mêmes une autre voix que la leur, qui leur vient de Dieu et qui leur dit que la priorité pour eux n’est pas dans  la pratique de la religion, mais dans la justice et le refus des inégalités : « Vos holocaustes ne me plaisent pas, dira-t-il au nom de Dieu en 6, 20  vos sacrifices ne me sont pas agréables ». Il ouvrait ainsi la voie à tous les chercheurs de Dieu qui le trouvaient ailleurs que dans la rigueur du culte et les portiques du temple mais dans une vaste protestation contre l’injustice.
 
Il est banal de refuser aujourd’hui  Dieu tel que les religions le représentent, les lois nous autorisent à le faire sans que nous risquions d’en payer lourdement les conséquences. On a le droit de dire son désaccord  et même de rejeter Dieu sans aucune conséquence apparente, mais c’est Dieu qui n’y trouve pas son compte ! Car, quand on rejette jusqu’au principe même de Dieu, on ferme son propre esprit à toutes ces voix qui viennent d’ailleurs et qui sont parfois la sienne, qui vibrent à l’intérieur de chaque individu et qui lui disent  ce que Dieu dit aux hommes.
 
En effet, si Dieu est présent au monde, il est aussi présent aux hommes et il a la possibilité de se faire comprendre d’eux, sans  fréquenter les chemins  sur les quels on s’attend à le rencontrer. Il ne s’encombre pas des conventions imposées par les hommes pour se faire comprendre, car c’est sur le chemin de la révolte que  Dieu lui apparaît. 
 
Ce n’est pas cette voie qu’ on s’attend à rencontrer Dieu.  Jérémie a bien compris que Dieu ne l’invite pas à se satisfaire d’une situation établie et qu’il ne cautionne pas la société  injuste qui se réclame de lui. Ce n’est pas dans les actes de piétés qu’il entend l’appel de Dieu, ce n’est pas dans les cérémonies du temple, ni dans la beauté des processions ou dans la musique liturgique qui élève son âme, c’est dans le vent de révolte contre l’ordre établi qu’il entend la voix de son Dieu. Ce vent le pousse bien malgré lui sur un chemin où personne ne veut l’accompagner.
 
Mais en tant qu’homme de Dieu il sait aussi qu’il doit être un sage. La sagesse ne consiste pas à donner libre cours  à la révolte, à descendre dans la rue et à mobiliser au nom de Dieu contre le pouvoir en place, tous  les mécontents. La sagesse, alors que la révolte gronde en lui, est de chercher  à entendre Dieu et à rester en harmonie avec lui. Plus il est méprisé, plus il se sent rejeté, plus il sent la proximité de Dieu qui lui donne la sérénité pour avancer et l’espérance malgré les contraintes. La révolte ne signifie pas la violence, mais correspond à un état d’esprit que nous découvrons à son contact comme faisait partie de l’esprit de Dieu.
 
Dieu ainsi avait préparé depuis longtemps le message dont Jésus s’emparera bien plus tard, quand il fera de l’amour du prochain la règle absolue que l’humanité devra adopter si elle veut être en accord  avec ce qu’il nous est donné de connaître de Dieu. Dieu n’est pas seulement celui qui a mis en branle tout l’univers et qui règle le parcours des étoiles dans le ciel. Il n’est pas seulement celui qui donne du sens aux choses et aux individus, mais il est avant tout celui qui conduit les hommes vers leurs semblables pour qu’ils s’aiment entre eux. Il propose aux hommes de renoncer à toute forme de rivalités pour vivre en harmonie avec leurs semblables. Ainsi ils construiront un monde  qui sera en accord avec  la manière dont Dieu veut concevoir  l’univers et agir  en osmose avec lui. La pratique de l’amour prend alors l’aspect de la révolte que Dieu met en nous pour changer le monde.
Jean Besset, pasteur
 
Document aimablement adressé par l'auteur pour publication
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