Personne n’est obligé de s’ouvrir à Dieu ou de se fermer à lui

Publié le par la rédaction

La réponse de Jésus de Nazareth à l'appel de Dieu
 

 
Question
 
Qu’avait Jésus de Nazareth de spécial pour qu'il soit tellement plus réceptif que nous à la volonté de Dieu ?
 
Réponse du professeur John B. Cobb
 
La formulation de cette question suggère que la caractéristique de Jésus se trouve avant tout dans sa réponse positive à la volonté de Dieu. C’est bien d’ailleurs le point de vue de plusieurs penseurs du Process. C’était également l’idée d’autres théologiens libéraux, à commencer par Friedrich Schleiermacher qui disait que tout le monde a, certes, une conscience de Dieu mais que celle-ci était parfaite dans le cas de Jésus.
Albrecht Ritschl voyait plutôt la caractéristique de Jésus dans la perfection de son caractère moral.
 
Je ne poserais pas, personnellement, la question en ces termes mais je vais tout de même m’efforcer d’y répondre.
Je crois tout à fait que Jésus était beaucoup plus ouvert à la volonté de Dieu que moi et que la plupart des gens. A quoi peut-on attribuer cette ouverture plus grande que la normale ?
Il n’est pas nécessaire de chercher une explication. Les qualités qu’ont les gens présentent des différences considérables et on peut bien s’attendre à ce que certains soient nettement plus ouverts à l’appel de Dieu que d’autres. Les facteurs génétiques jouent certainement un rôle mais je voudrais souligner l’importance de la liberté individuelle. Personne n’est obligé de s’ouvrir à Dieu ou de se fermer à lui. Chacun se conduit comme il le veut et le peut.
 
Il est vrai que la manière dont on parle de l’ouverture extrême de Jésus le différencie de tous les autres gens. Mais on a des exemples d’hommes présentant des caractéristiques extrêmes. Les dons musicaux de W.A. Mozart sont infiniment plus grands que les miens. La hauteur spirituelle du Bouddha ou de saint François d'Assise surpasse infiniment la mienne. Ces hommes m’inspirent une attitude d'admiration et d’émerveillement. Je veux bien que certains dons aient une origine génétique, mais dans le domaine moral ou spirituel l’important est certainement la manière dont on exerce sa liberté.
 
Mais je ne pense pas que l’extraordinaire ouverture de Jésus à l’appel de Dieu soit quelque chose d’unique. Il ne dépassait peut-être pas le Bouddha ou François d’Assise. Il y a probablement eu des gens modestes et dont on n’a jamais entendu parler qui étaient, eux aussi, extraordinairement ouverts à l’appel de Dieu. Et même si Jésus a été plus ouvert à Dieu que tout le monde, je ne crois pas que ce soit cela qui le rende unique à nos yeux.
 
Il est plutôt important de nous centrer sur la vocation personnelle qui a été celle de Jésus. 
Supposons qu’il a été appelé à réformer la foi juive de son temps afin de la rendre capable de s’ouvrir au-delà des frontières de la communauté juive. Il est clair qu’une telle vocation n’était ni celle du Bouddha ni celle de François d’Assise.
Ou peut-être Jésus a-t-il été appelé à s’ouvrir à Dieu de telle sorte que par lui et à travers lui, les gens puissent découvrir la réalité de Dieu. Ce n’est pas à cela que Dieu a appelé le Bouddha et si François d'Assise y a été appelé, c’était par Jésus qu’il devait faire connaître Dieu.
 
Bien sûr, Jésus n’aurait pas décrit lui-même ainsi sa vocation. On est souvent inconscient du dessein de Dieu. Jésus ne semble pas avoir eu spécialement les païens en vue. Les passages de l'Évangile de Jean qui disent que l’on voit Dieu par Jésus et à travers lui, ne reflètent sans doute pas la pensée de Jésus lui-même. On comprend le dessein de Dieu en connaissant la suite des événements, mais Jésus les ignorait. 
Ce que Jésus comprenait est qu’il devait prêcher la repentance en raison de la venue imminente du « basileia theou », du Règne de Dieu. La fidélité à cet appel l’a mené à la croix. Elle a aussi introduit une compréhension du judaïsme qui a ouvert la porte aux païens. Aux yeux de Paul, juifs et païens peuvent également participer à la fidélité de Jésus qui définit désormais la justice de Dieu.
 
Cet appel individuel qui a été celui de Jésus n’aurait évidemment pas changé grand chose si Jésus ne l’avait aussi pleinement accepté. Même si le Bouddha et François d’Assise se sont aussi ouverts pleinement à l’appel de Dieu, il n’en demeure pas moins que Jésus a pris pour nous une importance unique et absolue. Sa fidélité a eu des effets historiques très différents de la fidélité du Bouddha ou de François d'Assise.
Lorsqu’il s’agit de l’appel auquel Jésus a parfaitement répondu, la question se pose de la situation particulière où il se trouvait. Jésus était un juif et seul un juif, un juif très dévot pouvait entendre et comprendre le genre d’appel qui lui a été adressé. Il vivait en Galilée où le judaïsme courant était peut-être le seul permettant la sorte d’enseignement et d’engagement qui a été le sien.
 
Cette remarque ne minimise en rien le mystère de la fidélité de Jésus. Elle souligne que l’appel auquel il a répondu et l’énorme impact de son ministère ont été rendus possibles par la réalité historique de cette époque précise.
 
Les chrétiens s’efforcent aujourd'hui d’être aussi fidèles à l’appel de Dieu que Jésus l’a été en son temps. Mais même si nous le sommes nous ne serons pas comme Jésus et les résultats de notre attitude ne seront pas les mêmes que les siens.
 
Tous les théologiens du Process ne pensent pas comme moi sur ce point et j’admets parfaitement la discussion. J’ai développé cette idée dans mon livre Christ in a Pluralistic Age et je cherche toujours à approfondir la compréhension que les premiers chrétiens avaient des relations de Jésus avec Dieu.
 
professeur émérite de l'école de théologie de Clarmont (Californie),
Traduction Gilles Castelnau
 
Source : Protestants dans la ville, le 23 juillet 2010
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