La fidélité à Jésus-Christ ne nous interdit pas de découvrir et de pénétrer la sagesse des autres religions

Publié le par la rédaction

Relation postmoderne entre les religions
 
On ne peut que se réjouir de constater, à la fin du XXe siècle, une amélioration de la relation des chrétiens à l'égard des autres religions et en effet, nous n'avons aucune raison de nous montrer négatifs à leur égard.
On a pris conscience du mal que nous faisaient les rivalités mutuelles et on a découvert le bonheur qu'il y avait à collaborer fraternellement plutôt qu'à s'opposer. En s'ouvrant les uns aux autres, certains d'entre nous se sont, de plus, rendu compte, que ces nouveaux partenaires connaissaient souvent une sagesse qui nous faisait défaut.
 
Il est vrai que l'Évangile a été trop souvent identifié à la culture méditerranéenne dans laquelle il a pris naissance et il convient désormais de le repenser au niveau de la planète, sans nous laisser freiner par la crainte sempiternelle du syncrétisme, c'est-à-dire de le voir s'affadir par un mélange avec les autres religions.
Il ne s'agit pas d'unifier toutes les religions en un grand chaos indifférencié, mais d'engager un dialogue qui nous amène tout de même plus loin que la simple description de nos traditions respectives. Le christianisme connaîtra une nouvelle existence lorsqu'il aura appris à se détendre face aux autres.
 
A l'égard du bouddhisme, par exemple, nous prendrons conscience que notre méfiance et notre hostilité à son égard ne procède en rien du message biblique. Il est bien évident que les auteurs de la Bible ignoraient jusqu'à son existence et nous ne pouvons que spéculer sur ce qu'ils auraient pensé de lui.
Notre opposition à son égard provient plutôt de la conviction que, puisque c'est notre parole qui est la vraie, tout autre enseignement ne peut être que faux. On ajoute de plus que le salut vient de Jésus-Christ seul.
 
Ce type de raisonnement rend aveugle à tout ce qui est vrai et bon dans les autres traditions religieuses. On prend conscience aujourd'hui de tout ce que les contenus de la foi et des pratiques religieuses doivent au contexte historique, culturel, ethnique, psychologique et sociologique dans lequel ils ont pris naissance.
 
Un intégrisme fanatique n'est plus de mise ; il n'est pas question non plus de tomber dans un relativisme sans esprit critique. Il nous faut découvrir maintenant une attitude ouverte et raisonnable.
 
Un relativisme sans esprit critique mine la ferveur de la foi : Mettre sa foi en une vérité et constater qu'une autre religion affirme une vérité différente, peut avoir, il est vrai, l'effet débilitant de penser que finalement aucune des deux n'est plus vraie que l'autre et que, d'ailleurs, aucune vérité n'est connaissable. Chacun demeure dès lors prisonnier de sa propre logique et personne ne s'efforce d'améliorer son propre credo et de l'approfondir. Si tout se vaut, pourquoi s'efforcer d'améliorer sa pensée ?
 
Dans le dialogue avec les bouddhiste, par exemple, les bouddhistes qui disent que l'individu n'a pas d'existence personnelle, semblent s'opposer à la foi chrétienne en la réalité et l'importance de la personnalité humaine.
Mais il ne faut pas en rester là, car cette opposition n'est pas aussi irréductible qu'elle paraît. Ce que récusent en réalité les bouddhistes est la croyance en une personnalité substantielle. Il est vrai qu'habituellement nous raisonnons en ces termes de substances, mais si l'on y réfléchit, ce langage n'est pas indispensable à notre foi en l'Évangile. Nous pourrions parfaitement penser plutôt, à la manière bouddhiste, en termes de relations ; nous y trouverions même un enrichissement de notre pensée.
 
Nous ne récuserons plus systématiquement les idées des autres, nous n'exprimerons plus notre foi en affirmations passionnées péremptoires excluant toute autre forme de pensée, mais notre recherche passionnée sera celle d'une compréhension approfondie de la spiritualité de notre partenaire ; et bien souvent nous découvrirons avec intérêt que certains aspects de la foi que nous n'avions jamais pensé à aborder, ont été jugés importants et approfondi par d'autres qui nous les font alors découvrir et nous en enrichir.
 
L'attachement à notre propre religion y trouvera finalement son compte et nous nous trouverons rapprochés du Christ dans la mesure où notre foi en lui se trouvera libérée des formulations dogmatiques traditionnelles et où nous ouvrirons notre cœur et notre pensée à cet autre que nous recevrons désormais comme notre prochain.
 
La fidélité à Jésus-Christ ne nous interdit pas de découvrir et de pénétrer la sagesse des autres religions. C'est elle, au contraire, qui nous rapproche de ceux qui sont nos frères et nous apprend à les écouter.
 
Il ne s'agit pas non plus d'abandonner notre esprit critique, mais de renoncer à un esprit prétentieux et enfermé sur ses propres certitudes car celui-ci ne provient pas de la foi mais du péché.
 
La religion ne doit plus être cause de division mais source de paix et d'harmonie entre les hommes. Et s'il doit y avoir compétition, que ce soit celle du plus grand souci d'ouverture aux autres.
 
La théologie postmoderne
 
La théologie « postmoderne » ne juge pas les autres cultures selon ses propres standards ; elle s'efforce au contraire d'apprécier leur valeur pour s'en enrichir dans la toute mesure du possible. Son horizon s'étend à toute la communauté humaine et même à la nature dans son ensemble.
 
La pensée dite « moderne » opposait de manière dualiste Dieu et le monde, l'esprit et la matière, l'humanité et la nature, le corps et l'âme, la science et la religion, toutes réalités que la théologie postmoderne s'efforce de réunir à nouveau en une seule entité, à la manière d'ailleurs des sociétés traditionnelles.
 
. Dieu et le monde. La théologie moderne se représentait généralement Dieu comme extérieur au monde qu'il avait créé ex nihilo, c'est-à-dire à partir du néant, dans lequel il intervenait exceptionnellement de manière surnaturelle et sur lequel il prononcerait finalement un jugement dernier.
Le développement des sciences de la nature rend cette conception non crédible à nos yeux ; on a tendance aujourd'hui à penser une présence de Dieu dans l'univers plus infuse, plus englobante. Il est devenu classique de dire que Dieu s'implique dans les souffrances du monde ; le dualisme a fait place au l'unité.
 
. L'âme et le corps. La modernité souffrait d'une opposition discutable qu'elle voyait entre l'âme et le corps, surtout dans sa dimension sexuelle. Elle considérait qu'un volontarisme de l'âme pouvait et devait diriger le corps et il en résultait évidemment une conception de l'éthique sexuelle parfaitement inhumaine. L'homosexualité, par exemple, se trouvait condamnée par l'Église au nom d'une lecture de la Bible si extravagante qu'on n'aurait pu l'employer de la même manière pour aucun autre sujet.
La théologie postmoderne s'efforce de guérir cette peur ancestrale de tout ce qui touche au corps pour replacer celui-ci en paix sous le regard de Dieu et du prochain et en redécouvrir la joie.
 
. Une théologie patriarcale. Bien que le Nouveau Testament contienne des éléments importants en faveur de la libération de la femme, la théologie chrétienne n'en a pas moins maintenu les anciennes traditions patriarcales méditerranéennes, au mépris bien souvent d'une élémentaire justice. La théologie postmoderne réfléchit à une nouvelle manière de penser.
 
. Une théologie coupée de la base. La théologie moderne s'est développée au niveau universitaire et y a acquis un haut niveau de réflexion dont on ne peut que se réjouir.
Elle s'est, ce faisant, éloignée du peuple de l'Église. Celui-ci livré à lui-même, a tendance a se laisser trop souvent aller à une pensée superficielle ou superstitieuse qui n'a plus la rigueur souhaitable.
La théologie postmoderne doit bien évidemment opérer un important virage à ce sujet.
 
professeur émérite de l'école de théologie de Clarmont (Californie),
 
Traduction Gilles Castelnau
Source : Protestants dans la ville, le 29 juin 2001
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Publié dans Religion(s), John B. Cobb

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