Personne ne peut se mettre à la place d’autrui…

Publié le par la rédaction

Parce que chaque âme est singulière...
 
Le sceptique est celui qui se défie de toute affirmation dogmatique. Chaque fois qu’il est possible et efficace, le doute accompagne sa réflexion. Autrement dit, le sceptique s’efforce de ne pas mélanger connaissances et croyances et, parmi ces dernières, de faire la distinction entre celles qui, appartenant au réel, peuvent être examinées et celles qui font appel au surnaturel ; celles-ci, parce qu’irréfutables, ne peuvent faire l’objet que d’un choix individuel à propos duquel il est vain de polémiquer.
 
Personne ne peut prétendre cerner l’ensemble du réel et, sur bien des sujets, une attitude nuancée serait la bienvenue. Il est en effet présomptueux d’affirmer ou de nier sans preuve, du moins sans prendre alors la petite précaution oratoire du « selon moi ».
 
Même si on s’accorde à dire, avec Euclide de Mégare, que « ce qui peut être affirmé sans preuve, peut être nié sans preuve » cela ne grandit aucun athée d'adopter ce genre de comportement et de faire, finalement, en creux ou en négatif, ce qui est si souvent – et à raison – reproché aux croyants.
 
Cela n’implique pas que, face aux croyances métaphysiques ou religieuses, il faille se complaire dans un agnosticisme prudent, mou, ou radicalement relativiste. Agnostique, on ne peut que l’être, par la force des choses et de l’ignorance. Mais cela ne doit pas empêcher de prendre position, ce qui – soit dit en passant – n’est pas spécialement synonyme de croire.
 
Pour l’athée, c’est un truisme de dire qu’il n’y a pas de dieu créateur, pas de transcendance, pas de providence divine, pas plus qu’il n’y a une entité dite « spirituelle » séparée du corps. L’âme est un mot polysémique, une sorte de fourre-tout commode dont les contours flous permettent d’en dire à peu près ce que l’on veut. Prise dans l’acception de « ce qui anime », et selon une approche matérialiste, elle n’est pas réservée aux hommes mais à tous les vivants animés. L’âme, ce n’est pas l’esprit qui n’existerait pas sans corps. Et bien que l’esprit semble propre aux humains, on peut même être favorable à l’idée que les animaux pensent, eux aussi, à leur manière. En tout cas, ils rêvent.
 
Si la croyance au divin, au surnaturel, à l'irrationnel, est aussi absurde pour l’athée que celle de l'existence de la théière d’Atkins dans l'espace intersidéral, force lui est de constater que pour nombre de ses semblables, ces croyances sont fondamentales et n'ont rien à voir avec un quelconque objet céleste prétendu en orbite quelque part. Pousser la comparaison à sa limite la rend inopérante et ridicule. Aussi ridicule que pourrait l'être la lecture matérialiste d'un poème, d’un mythe ou… d’un évangile, qui d’un certain point de vue, relève à la fois des deux.
 
L’athéisme est un choix qu’il serait tout autant stupide de vouloir imposer que la croyance au surnaturel ou la foi en un dieu. Ce n’est pas de l’agnosticisme radical comme l’avancent un peu simplement tels rationalistes toujours désireux de classer et d'étiqueter rapidement, c’est seulement une volonté délibérée de respecter la pensée de l’autre, sans mésestime ni arrogance, sans agiter le spectre du blasphème ou du délit d’opinion.
 
Tout simplement, parce que personne ne peut se substituer à autrui : ni penser, ni sentir, ni vivre, ni mourir à sa place. Parce que chaque âme est singulière, dans tous les sens du terme : individuelle, elle est unique en son genre avec ses caractéristiques propres et ses différences ; elle est étonnante et importante ; elle ne concerne et ne s’applique qu’à un seul. C’est pourquoi chacun d’entre nous, dans la richesse de son unicité, est définitivement seul, du début à la fin.
 
Cette solitude est un trésor inestimable, un défi de chaque instant, un moteur qui donne un sens à la vie et qui l’enrichit. Mais pour d’aucuns, nombreux, elle est la source d’une angoisse qui trouve quelque apaisement dans les croyances et les espérances, fussent-elles sacrées ou profanes, religieuses ou laïques.
 
Personne ne peut se mettre à la place d’autrui… Sauf peut-être son reflet, ou son compagnon imaginaire ou surnaturel…
 
Nadine de Vos,
le 29 avril 2007
Source : Profils de libertés
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Publié dans Billet, Nadine de Vos

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