Que toutes les religions cultivent l’amour de Dieu et l’amour des hommes

Publié le par la rédaction

Fraternité de Noël et des religions...
 
Le conte des trois anneaux
 
En cette période de Noël, puis-je vous proposer une histoire ou une parabole qui ne soit pas directement liée à la crèche et aux rois mages ?
 
La mienne se trouve dans le Decameron de Jean Boccace, et a été reprise par Gotthold Ephraim Lessing, dans sa pièce Nathan le Sage.
 
Dans une famille ancienne, de génération en génération, chaque père transmettait à son fils préféré un anneau précieux. Cet anneau a le pouvoir miraculeux de faire aimer celui qui le porte par les hommes et par Dieu.
 
Voilà qu’un jour, un père de cette famille se trouve avoir trois fils qu’il aime également. Pour ne pas avoir à choisir entre eux, pour n’en attrister aucun, il fait fabriquer deux copies parfaitement exactes, à tel point que lui-même n’arrive plus à discerner le bon anneau des deux autres. A chacun de ses trois fils, en secret, comme s’il lui accordait un privilège exclusif, il remet l’un des anneaux.
 
Ces trois anneaux symbolisent les trois grandes religions du bassin méditerranéen, à savoir le Judaïsme, le Christianisme et l’Islam. Le conte propose le problème de la vraie religion : comment la reconnaître, à quel signe ?
 
Après la mort du père, les trois frères découvrent qu’ils ont chacun un anneau. Ils se traitent mutuellement d’imposteurs, se disputent et finissent par se brouiller. Ils n’arrivent pas à s’entendre. Ils finissent par aller chez le juge afin qu’il les départage et désigne l’anneau authentique. Le juge réfléchit, délibère et rend une sentence en deux temps.
 
1. D’abord il appelle au pouvoir miraculeux de l’anneau. Le bon anneau doit se reconnaître à son efficacité : il fait aimer son porteur. Quel est donc celui des trois frères que les deux autres préfèrent ? En fait les trois frères maintenant se détestent mutuellement et chacun n’a d’affection que pour lui-même. Le juge conclut : « Alors, vous avez tous les trois un anneau inauthentique. Le vrai est perdu ».
 
Commentaire La vraie religion devrait se distinguer des autres par sa puissance d’amour. Malheureusement, de ce côté-là, toutes les religions présentent de graves insuffisances. Elles sont les unes contre les autres de mauvaises copies de ce que devrait être la vraie religion. Par leur dureté, leurs intolérances, leurs querelles, elles se disqualifient. Inutile de prétendre avoir la vérité quand on s’écarte de l’amour, quand la haine domine.
 
2. Le juge ne s’en tient pas là. Il continue sa sentence par un conseil qu’il donne aux trois frères : « Ne vous battez pas pour savoir quel anneau est le véritable, mais que chacun de vous considère l’anneau qu’il possède comme le bon. Beaucoup plus tard il sera peut-être possible de vous départager.
 
Commentaire Que toutes les religions, au lieu de se disputer, se convertissent, se purifient, cultivent l’amour de Dieu et son corollaire, l’amour des hommes. Qu’elles s’efforcent de devenir ce que doit être la vraie religion. Le conte, me semble-t-il insinue que nous avons le pouvoir de rendre notre religion vraie ou fausse par la manière dont nous la vivons. Il suggère, en tous cas, que le débat sur la vérité devait céder la place à une émulation dans l’amour. Tout le monde s’en porterait mieux.
 
Cette histoire me paraît pleine de suc et de sel. Je ne prétends pas qu’elle résolve le problème des relations entre religions différentes ? Un théologien ne peut que la juger très contestable. Néanmoins, je trouve qu’elle nous interpelle sur un point essentiel et qu’elle nous montre comment on peut passer d’une rivalité fratricide à une émulation fraternelle. Ce conte vaut donc la peine d’être médité.
 
André Gounelle,
Professeur émérite de la Faculté de théologie protestante de Montpellier
 
Source : Le Messager, journal Bimestriel de l’Église Protestante de Liège/Marcellis, novembre-décembre 2013
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