Combat et plaidoyer en faveur de la tolérance et de la liberté de conscience

Publié le par la rédaction

Sébastien Castellion (1515 - 1563)
 
Celui qui, aux yeux de Jules Michelet, « posa pour tout l'avenir la grande loi de la tolérance » naît à Saint-Martin-du-Fresne, non loin de Nantua (Ain), dans une famille de paysans qui portait le nom de Chatillon ou Chastellion ou encore Castiglione.
 
Avant tout, Sébastien Castellion est un humaniste, fin connaisseur des textes anciens, traducteur remarquable de la Bible en latin et en français1, professeur de grec à l'université de Bâle. Mais ce lettré n'entend pas rester dans sa tour d'ivoire : il sait dire non quand sa conscience le lui ordonne.
 
En 1539, il prend connaissance de l'Institution chrétienne de Jean Calvin et en 1540, à Lyon, il assiste à la persécution de luthériens. Il est indigné et part pour Strasbourg pour y rejoindre Jean Calvin. La peste le fait fuir à Genève en 1541 où Jean Calvin est de retour.
 
Il publie en 1543 les Dialogues sacrés dans lesquels il témoigne de sa haine des tyrans et des persécuteurs. « Il n'y a rien, écrit-il, qui résiste plus obstinément à la vérité que les grands de ce monde ». Sébastien Castellion supporte mal l'autorité de plus en plus absolue de Jean Calvin à Genève. Mettant en garde contre l'absolutisme du nouveau tyran, il démissionne du collège et est mis en demeure de quitter la ville. Il commence à traduire la Bible et connaît plusieurs années de misère jusqu'en 1553 où il devient maître ès arts puis lecteur de grec à l'université de Bâle.
 
Le 27 octobre 1553, Jean Calvin fait exécuter Michel Servet. Peu après paraît à Bâle une brochure intitulée De haereticis signée Martin Bellie, alias Sébastien Castellion (1554). On y trouve des extraits de Martin Luther, de Sébastien Franck, d'Érasme et de Sébastien Castellion. C'est un plaidoyer pour la liberté de conscience et la tolérance. L'auteur y souhaite « qu'un chacun retourne à soi-même, et soit soigneux de corriger sa vie, et non de condamner les autres ». Il n'hésite pas à proclamer que « chercher la vérité et la dire, telle qu'on la pense, n'est jamais criminel. On ne saurait imposer à personne une conviction. Les convictions sont libres ».
 
La réaction contre Sébastien Castellion mobilise Théodore de Bèze, qui dénonce sa « charité diabolique et non chrétienne », tandis que Jean Calvin voit en lui : « un monstre qui a autant de venin qu'il a d'audace ». À Bâle aussi, Sébastien Castellion est attaqué de toutes parts pour avoir pris parti contre la prédestination et surtout pour son attachement à la liberté de conscience.
 
En 1562, dans son Conseil à la France désolée il invite catholiques et protestants à la tolérance. Il s'adresse aussi à Jean Calvin à propos de l'exécution de Michel Servet : « Tuer un homme, ce n'est pas défendre une doctrine, c'est tuer un homme ». Cet écrit, qui est un appel pathétique à la tolérance et une exhortation à mettre fin aux luttes religieuses et aux persécutions, soulève une réprobation unanime.
 
Son amitié avec l'anabaptiste David Joris, réfugié à Bâle sous le nom de Jean de Bruges, lui valu les pires ennuis. Il meurt dans la plus grande pauvreté, « arraché par la bonté de Dieu aux griffes de ses adversaires » selon l'expression d'un de ses amis.
 
Ce grand Réformateur contemporain de Jean Calvin, ne cessera jamais son combat pour la liberté de pensée en matière religieuse2. « John Locke, philosophe des Lumières, dont la première traduction en français date tout juste de 1700, va s’enthousiasmer pour les idées, si semblables aux siennes, de Sébastien Castellion à propos de la tolérance religieuse. Dans sa célèbre Lettre sur la Tolérance, parue en latin et en anglais, John Locke, dans la version latine de l’ouvrage, présente, dans son style, un stupéfiant mimétisme avec le style latin de Sébastien Castellion. Sébasteion Castellion aura été, bien à l’avance, une sorte de philosophe des Lumières et le 18e siècle lui rendra justice. »3
 
Erasme, Baruch Spinoza, Pierre Bayle4 et Gottfried Wilhelm Leibniz, pour ne citer qu’eux, firent progresser cette grande idée de la tolérance. Précurseur, Sébastien Castellion le sera encore de Voltaire. Toute son œuvre n’est qu’un plaidoyer en faveur de la tolérance et de la liberté de conscience. Tout en affirmant que la vérité réside dans « l’esprit de libre examen », il reconnaît le droit à l’erreur qu’il nomme « la conscience errante ». C’est lui aussi qui mettra en garde contre les passions qui amènent le désordre : « La raison contredit les passions pendant un certain temps, puis elle se chagrine en secret, et enfin leur donne son approbation ! ». C’est encore lui qui se demande « si l’on ne pourrait pas assurer que les obstacles d’un bon Examen ne viennent pas tant de ce que l’Esprit est vide de Science, que de ce qu’il est plein de préjugés ».
 
Je vous conseille aussi la lecture (en anglais) de l'article de Marian Millar.
 
Pierre A. Bailleux, pasteur
Source : Profils de libertés
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1 De cette Bible en français, il ne reste que quelques exemplaires. Elle vient d'être « redécouverte » à l'occasion de la nouvelle édition chez Bayard.
2 Notamment dans sont Traité des hérétiques paru en 1554. Cependant, il faudra attendre le XXe siècle pour que soit publié De Arte Dubitandi, un ouvrage que bien des chrétiens auraient intérêt à lire: Sébastien Castellion, De l’Art de douter et de croire, d’ignorer et de savoir, Éditions Jeheber, Genève, 1953. Réédition aux Édition La Cause, Carrières-sus-Poissy, 1996.
3 Marcelle Derwa, maître de conférences à l’Université de Liège, in « Sébastien Castellion ou la liberté de conscience », revue pluraliste Vivre, Lillois, vol. III, n° 1995/2, pp. 5-11
4 Fils de pasteur, Pierre Bayle est de ces protestants unitariens
* qui, après la Révocation de l’Édit de Nantes, se réfugient dans les Provinces Unies.
* NDLR : il n'y a, à priori, aucun de document qui prouve que Pierre Bayle ait été unitarien.
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