Martin Bucer, professeur de Jean Calvin

Publié le par la rédaction

Martin Bucer (1491-1551)
 
L'autre Martin
 
De la Réforme, on retient les noms de Martin Luther, Jean Calvin, Ulrcich Zwingli, mais celui de Martin Bucer est oublié, méconnu. Martin Bucer, c'est l'autre Martin, celui qui est né de l'autre côté du Rhin, dans la petite ville de Sélestat, au sud de Strasbourg. Vous ne le connaissez pas ? Et pourtant, dernièrement, dans quelques paroisses de l'Église Réformée, de jeunes adolescents ont demandé la confirmation dans l'alliance de leur baptême… et bien oui ! c'est Martin Bucer qui fut le créateur de ce rite.
 
C'est chez les moines dominicains que Martin Bucer a appris à travailler sans répit les Écritures.
 
Martin BUCERMais en 1518, la rencontre avec Martin Luther est déterminante pour lui : l'amour de Dieu est gratuit pour l'homme, Dieu sauve l'homme par amour et non pas en regard de ses mérites. Pour Martin Bucer, toute une vision d'église surgit, une église qui vit alors de l'amour de Dieu et qui dispense sans restriction l'amour au prochain. C'est une éthique de la vie chrétienne qui s'impose à son esprit.
 
Après avoir renié ses vœux monastiques, être devenu pasteur et avoir épousé une ancienne moniale, sans moyens, il arrive à Strasbourg. Il y rencontre des prédicateurs acquis à la Réforme et s'introduit dans le milieu réformateur. Sa fréquentation quotidienne et assidue des textes bibliques lui permet même de donner, avec l'autorisation du Conseil de la ville, des conférences bibliques. Cette époque est aussi, pour lui, l'occasion de publier des écrits théologiques. Il est important de connaître les orientations théologiques de Martin Bucer, afin de lui rendre justice. Trop souvent le suspecte-t-on de mal exprimer ses convictions ! En effet, la période de la Réforme est loin d'être toujours facile pour les Réformateurs. En plus d'être en désaccord avec l'Église Catholique Romaine, ceux-ci ont beaucoup de mal à s'accorder entre eux sur quelques points théologiques fondamentaux. Le plus important est celui de la Cène. Martin Bucer, sachant que la Réforme ne peut se diffuser que si les protestants sont unis, met son temps, son énergie et sa santé au service de cette recherche de l'unité. Il veut même l'unité avec les catholiques romains, ne pouvant supporter l'idée d'une chrétienté divisée. On peut dire de lui qu'il fut le premier grand homme œcuménique tant sa volonté était « que les chrétiens s'acceptent mutuellement et dans l'amour, car toutes les erreurs de mœurs et de jugement viennent du fait que par manque de fraternité l'esprit du Christ ne peut agir. » C'est dans l'organisation de la cité et la mise en place d'une société gérée dans l'esprit de la Réforme que Martin Bucer exprime sa vision d'une véritable cité-Eglise. Mais son travail n'est pas toujours suivi et accepté par les magistrats des villes tant ses projets dépassent le cadre de la vie de l'Église, abordant les problèmes de l'enseignement, de la discipline des mœurs. Son élève et ami Jean Calvin fut très influencé par ses travaux, si bien qu'un écrivain contemporain, Jacques Courvoisier, écrit de Martin Bucer qu'il est « le créateur génial de l'Église Réformée, (et que) Jean Calvin en est le génial praticien ».
 
Quelques positions théologiques de Martin Bucer
 
Il a rejoint pendant longtemps la vision d'Ulrich Zwingli qui considérait le sacrement de la cène comme un repas rappelant le dernier repas de Jésus avec ses disciples, disputant souvent avec Martin Luther qui, lui, considérait la présence de Christ dans le pain et le vin. Il a écrit : « qu'on mange le pain et qu'on boive le vin et qu'on en vienne aussitôt aux choses spirituelles, à savoir la méditation de la mort du Christ ». S'il a tenté, pendant des années, de trouver une formulation de la conception de la cène qui convienne à tous les Réformés, il n'en a pas moins fortement affirmé, face aux catholiques, le caractère unique de la mort de Christ, rejetant l'idée d'un sacrifice sans cesse recommencé, à chaque cène.
 
Pour Martin Bucer, la prédication de l'Évangile est le centre du temps du culte réformé. Il a ainsi supprimé tout ce qui pouvait en distraire le fidèle (cierges, habits liturgiques, tableaux, eau bénite, autel, encens…)
 
Il reconnaissait deux sacrements : la cène et le baptême.
 
Il a écrit des catéchismes se rapprochant de ceux de Martin Luther dans les points prioritaires sur lesquels tout protestant devait être capable de proclamer sa foi : confession de foi, sacrements, dix commandements, Notre Père.
 
L'Église-cité dont rêvait Martin Bucer
 
C'est une ville dont le centre est le Christ. Peuvent y entrer tous ceux que Dieu appelle. Le projet de vie dans cette cité est simple : l'amour de chacun pour son prochain, la découverte possible pour tout homme du sens de sa vie. Mais pour vivre ainsi, chaque homme doit pouvoir lire les textes bibliques, donc doit savoir lire et interpréter la Bible. Ainsi, dans cette cité, des écoles permettront à chacun l'accès à ce savoir. Une telle cité ne peut, gouvernée par l'amour du Christ et celui du prochain, tolérer la pauvreté de quiconque. Un système d'aide sociale et d'aide aux plus démunis (les malades, les sans abri…) doit être mis en place avec des lieux d'accueil et de soins. L'organisation de l'Église prévoit que les fidèles soient en mesure de vivre en toute conscience les sacrements que sont le baptême et la cène. L'école aura mis chacun d'eux en confrontation régulière avec les Écritures, il pourra donc comprendre qu'il participe du corps du Christ en prenant la cène. Quant au baptême qu'il aura reçu alors qu'il était enfant, il aura à en confirmer sa pleine reconnaissance pour lui, adulte ou adolescent, devant la communauté, recevant l'imposition des mains. Mais le parcours de l'habitant de cette cité-Eglise ne s'arrête pas là ! Il lui faut s'engager, se mettre lui-même en chemin, se prendre en charge et continuer le travail de témoin de Christ. Il lui faut, en quelque sorte, prendre sa part de constructeur de cette cité. Martin Bucer voit ainsi des petits groupes formés de laïcs et pasteurs travaillant les textes bibliques, les méditant, les discutant, priant, partageant leurs dons tant spirituels que matériels, dynamisant sans répit l'Église-cité.
 
La confirmation
 
« Les anciens et les prédicateurs veilleront à ce que les enfants, que l'enseignement catéchétique a conduits assez avant dans la compréhension chrétienne pour qu'ils méritent de s'approcher de la table du Seigneur, que ces enfants donc, en présence de la paroisse réunie, soient présentés par leurs parents, parrains et marraines au pasteur, lors d'un jour de fête comme Pâques, Pentecôte ou Noël. Tous les anciens et autres serviteurs entoureront le pasteur. […] Le pasteur interrogera les enfants sur les articles principaux de la foi chrétienne. Lorsque les enfants lui auront répondu et auront publiquement confessé leur adhésion au Christ et à l'Église, le pasteur invitera la paroisse à demander au Seigneur l'assistance constante et croissante du Saint-Esprit pour ces enfants. L'on terminera cette prière par une prière d'illumination. Après cela, le pasteur imposera les mains aux enfants, les confirmant ainsi au nom du Seigneur et ratifiant leur entrée dans la communauté chrétienne. Ils seront ensuite invités à la table du Seigneur, puis on les exhortera à obéir fidèlement à l'Évangile, à accepter avec bonne grâce la discipline ecclésiastique et ses sanctions, exercées par chaque chrétien et avant tout par le pasteur, et à s'y soumettre de bon cœur ».
 
Florence Couprie, pasteur
 
Source : Église réformée d'Auteuil, Nouvelles d'Auteuil
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Martin Kuhhorn, dit Bucer est né le à Sélestat (Alsace) et mort le à Cambridge (NDRL)
 
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