Mer de la foi

Publié le par la rédaction

« Sea of Faith »
Théologie « non-réaliste »
 
Présentation
 
Le réseau Sea of Faith (Mer de la Foi) a pris naissance dans les années 1980 en Angleterre à la suite d'une série d'émissions télévisées du pasteur Don Cupitt, qui analysait le déclin de la religion dans notre monde qui ne fait plus guère place au respect des Écritures et à la parole de l'Église. Il prend le taureau par les cornes : il ne suffit pas à une Église d'être légitime ni même sympathique.
 
Les années glorieuses sont passées. On constate désormais un certain laxisme dans la théologie. Les Églises se contentent trop d'organiser des rassemblements, des sorties, des ventes paroissiales alors que les gens ne veulent plus croire en Dieu ni aller à l'église.
 
D'ailleurs il y a désormais une concurrence sur le « marché du religieux » : islam, mouvements évangéliques, sectes...
 
Le réseau Sea of Faith concerne ceux qui se sentent exclus par les positions trop conservatrices ou même fondamentalistes de leurs pasteurs ou de leurs prêtres. Au lieu de jeter le bébé avec l'eau du bain, ils recherchent une attitude théologique nouvelle.
 
Les membres du réseau Sea of Faith se nomment eux-mêmes « non-réalistes », en reprenant le vocabulaire de la scolastique du moyen-âge, dans la mesure où ils ne croient pas à l’existence « réelle » des images véhiculées par le langage religieux. Elles n’ont pas de « réalité » en elles-mêmes. Dieu, le diable, le ciel, l’enfer, le bien, le mal, la vérité, la beauté n’ont pas d’existence métaphysique « réelle » mais sont des constructions de l’esprit humain. La doctrine chrétienne provient de l’effort de rendre compte dans un langage humain et intelligible de l’expérience de la présence transcendante de Dieu. Les énoncés religieux sont une construction humaine. On ne peut pas dire : « Dieu a dit... » mais « Je dis que Dieu a dit ».
 
Vocabulaire : Dan le langage d'aujourd'hui les « réalistes » de Sea of Faith nous paraissent idéalistes alors que les « non-réalistes » semblent réalistes !
 
Personne ne peut nier que le langage religieux est forcément marqué par les conceptions de l’époque où les textes ont été rédigés. Aucune vérité religieuse ne peut donc être considérée comme absolue, éternelle, universelle et infaillible. Ainsi la foi au Christ a été vécue et exprimée dans les structures de pensée et de langage du monde juif du 1er siècle. C’est donc tout naturellement que l’on a dit de lui qu’il était l’Agneau pascal vainqueur des puissances de la mort, l’Agneau du Yom Kippour qui ôte le péché du monde, le Fils de l’Homme qui viendrait sur les nuées du ciel inaugurer la fin des temps, le Royaume de Dieu selon la prophétie de Daniel, le Serviteur souffrant du Second Ésaïe qui devait souffrir et mourir pour sauver les hommes.
 
Demandons-nous seulement dans quel langage la même foi au Christ aurait été transcrite si le Christ était apparu au Royaume Uni à la fin du 20e siècle et non en Palestine au 1er siècle. Nous n’aurions évidemment pas utilisé les mêmes images !
 
La doctrine chrétenne provient de l'effort de rendre compte dans un langage humain et intelligible de l'expérience vécue de la présence transcendante de Dieu. Les énoncés religieux sont une construction humaine et personne ne peut nier qu'ils sont forcément marqués par les conceptions de l'époque où ils ont étré rédigés. Aucune vérité religieuse ne peut donc être considérée comme absolue, éternelle, universelle et infaillible.
 
La pensée « non-réaliste » considère que l'effort qu'on fait les hommes du passé pour répondre aux besoins de leur temps doit être prolongé et adapté dans notre culture d'aujourd'hui pour donner forme aux idées fondamentales que nous cherchons à exprimer. On parlera plutôt d'« Élan vital », de « Dynamisme créateur », de « Souffle en nous ». Dire que les réalités exprimées par le vocabulaire traditionnel n'ont pas d'existence métaphysique réelle mais sont des constructions de l'esprit humain ne signifie évidemment pas que ce qu'elles s'efforcent de transmettre soit faux.
 
On peut faire la même remarque à propos du langage des credo de l’Église élaborés aux 3e et 4e siècles dans le monde hellénistique ; aujourd’hui où nous n’avons plus la notion d’un univers à trois étages, nous ne dirions plus qu’il est descendu du ciel sur la terre, qu’il est descendu au séjour des morts, qu’il en est remonté et qu’il est finalement remonté au ciel. Un tel langage marqué par son temps n’a rien d’éternel. Les credo ne fixent pas la vérité immuable de Dieu, ils reflètent seulement l’expérience de cette vérité. On ne peut parler de « réalisme ».
 
Il en va de même en ce qui concerne le langage de nos liturgies et de nos cantiques qui transmettent souvent des affirmations qui ne sont aujourd'hui plus crédibles.
 
Ce mysticisme chrétien n'est pas une pensée nouvelle. Les théologiens le nomment « tradition apophatique » ou « voie négative ». C'est la conviction que Dieu demeure fondamentalement au-delà de toute compréhension et de toute doctrine, caché dans la nuée de l'inconnu que seul l'amour peut pénétrer. Cette impossibilité de décrire Dieu s'oppose frontalement à la prétention du christianisme doctrinal d'énoncer de grandes affirmations théologiques qui seraient objectivement vraies.
 
L'Église a laissé déraper la théologie du Royaume de Dieu proclamé par Jésus de Nazareth en un ensemble de dogmes théoriques et indigestes. Jésus annonçait la venue d'un temps nouveau où les aveugles voient, les sourds entendent, les parlalysés marchent, les possédés du démon sont libérés et la bonne nouvelle est annoncée aux pauvres. Cela n'avait aucun rapport avec l'adhésion à des affirmatins doctrinales. Il voulait promouvoir le renouvellement du monde et non convertir les gens à certaines croyances théologiques.
 
Des Églises notammnent évangéliques pensent néanmoins devoir préserver l'orthodoxie doctrinale traditionnelle. Elles s'efforcent donc de la présenter de manière compréhensible et acceptable. Elles se lancent dans les moyens multimédias, la musique populaire, les cours Alpha et, pour convaincre leurs fidèles d'adhérer à leurs dogmes fondamentaux, elles dépensent sans compter temps, imagination et ressources financières. Elles en tirent effectivement un certain succès. Mais justement, celui-ci fait oublier la profondeur du refus global qu'oppose la population occidentale à l'ensemble de ces doctrines et finalement le christianisme doctrinal déplaît de plus en plus à la majorité de nos contemporans et leur semble globalement incompréhensible.
 
Le réalisme médiéval empêchait l'individu d'épanouir toutes ses potentialités : un homme digne de ce nom devait penser et se conduire selon les règles, comme le disait l'autorité, la pensée unique. Il enfermait l'homme dans une réalité préexistente toute faite. Il interdisait toute individualité, toute liberté individuelle de pensée.
Si l’on veut pouvoir dialoguer avec nos contemporains dans le monde post-moderne qui est le nôtre, il nous faut tenir compte de ces évidences.
 
Les membres du réseau Sea of Faith sont lancés dans une grande liberté de pensée qui permet, par exemple et entre autres de penser le féminisme, la réflexion sur une prière qui ne demande plus d'intervention surnaturelle extérieure etc.
 
Le professeur Marcus Borg résume ainsi l'essentiel du réseau Sea of Faith :
 
Qu'est-ce qui fait qu'on est ou non chrétien ?

- Un élan, un attachement à Dieu
- Un attachement à Jésus, qui est pour les chrétiens la révélation, la manifestation, le dévoilement décisif de Dieu.
- Un attachement à une attitude de compassion. « Soyez pleins de compassion comme Dieu est plein de compassion » (Luc 6.36). La compassion n'est pas tant un sentiment qu'une attitude. Le commandement n'est pas d'éprouver de la compassion mais d'agir avec compassion.
- Un attachement à l'idée d'amélioration du monde.
 
Gilles Castelnau, pasteur
 
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