Je suis l'amour qui entre en vous et dure pour l'éternité

Publié le par la rédaction

Je suis la source de toute vie
 
Je suis la source de toute vie. Je suis la marée qui entre en vous et vous anime et se retire. Je suis le mal qui entre en vous et vous déchire et se retire. Je suis l'amour qui entre en vous et dure pour l'éternité.

Et vous venez m'opposer Marcion et le quatrième évangile. Et vous venez me parler d'interprétations. Et vous venez dresser contre moi votre misérable logique humaine, quand je suis celui qui est au-delà, quand c'est d'elle que je vous délivre !
O prisonniers, comprenez-moi ! Je vous délivre de votre science, de vos formules, de vos lois, de cet esclavage de l'esprit, de ce déterminisme plus dur que la fatalité. Je suis le défaut dans l'armure. Je suis la lucarne dans la prison. Je suis l'erreur dans le calcul : je suis la vie.

Vous avez intégré la marche de l'étoile, ô génération des laboratoires, et vous ne la connaissez plus. C'est un signe dans votre livre, mais ce n'est plus de la lumière : vous en savez moins qu'un petit enfant !
Vous avez découvert jusqu'aux lois qui gouvernent l'amour humain, mais cet amour même échappe à vos signes : vous en savez moins qu'une jeune fille !

Eh bien, venez à moi. Cette douceur de la lumière, cette lumière de l'amour, je vous les rends. Je ne vous asservis pas : je vous sauve. De l'homme qui le premier calcula la chute d'un fruit et vous enferma dans cet esclavage, je vous libère. Ma demeure est la seule issue, que deviendrez-vous hors de ma demeure ? Que deviendrez-vous hors de ma demeure, hors de ce navire où l'écoulement des heures prend son plein sens, comme sur l'étrave luisante, l'écoulement de la mer. L'écoulement de la mer qui ne fait pas de bruit mais qui porte les îles. L'écoulement de la mer...
Venez à moi, vous à qui l'action, qui ne mène à rien, fut amère.
Venez à moi, vous à qui la pensée, qui ne mène qu'aux lois, fut amère.
Car je suis celui qui accueille. Je portais les péchés du monde. J'ai porté son Mal. J'ai porté vos détresses de bêtes qui perdent leurs petits et vos maladies incurables, et vous en étiez soulagés.

Mais ton mal, ô mon peuple d'aujourd'hui, est une misère plus haute et plus irréparable, et pourtant je le porterai comme les autres. Je porterai les chaînes plus lourdes de l'esprit.
Je suis celui qui porte les fardeaux du monde.
Vous serez des enfants qui jouent.
Vos efforts vains de chaque jour, qui vous épuisent, venez à moi, je leur donnerai un sens, ils bâtiront dans votre cœur, j'en ferai une chose humaine... J'en ferai une chose humaine.
De vos amours, sèches, cruelles et désespérées, amants d'aujourd'hui, venez à moi, j'en ferai une chose humaine.
De votre hâte vers la chair, de votre retour triste, venez à moi, j'en ferai une chose humaine...
Je suis le seul qui puisse rendre l'homme à lui même ... car je suis celui qui s'est émerveillé de l'homme.
Antoine de Saint-Exupéry

Le courrier du Sud (extrait)
 
Source : Église réformée de Hagondange - Maizières-lès-Metz

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