Convergences et divergences entre religion et spiritualité

Publié le par Emmanuelle Genay

« Religion et spiritualité »
 
Voici un texte que j'ai écrit en introduction au thème du café théo à Strasbourg le lundi 4 juillet 2011, et qui est bouleversant d'actualité.
 
D'abord il convient de définir les mots « religion » et « spiritualité » :
 
Le mot « religion » est un terme rationnel, nécessite une approche intellectuelle, où la raison est mise en avant ; nécessite aussi une approche morale avec l'idée de devoir, d'obligation, voir même de soumission.
Le mot « religion » cache aussi une hiérarchisation : une communauté pour relier les individus, une institution avec ses dogmes, sa liturgie, ses rituels, son canon, et un lieu de culte.

La religion naît d'une révélation, qui sera répétée, cette révélation répétée donne naissance à une tradition, et donc à des rituels. La religion exerce un pouvoir et un contrôle sur sa communauté. Ce pouvoir peut s'avérer dangereux, et peut aboutir à des conflits sous la bannière du fanatisme et de l'intégrisme religieux. Se pose évidemment la question du « pouvoir de l'Église », de la puissance de l'argent en son sein, quand ce n'est pas la puissance dans le pouvoir politique en faisant le jeu de ce même pouvoir politique. La religion a été et est encore liée à l'État, bridant toute velléité de spiritualité intérieure et personnelle. La religion incline les hommes à la résignation, à la soumission à ce pouvoir, la culture de l'ignorance est une des clés de domination de la religion sur les individus.
 
Le mot « spiritualité » est un terme flou, se définissant par « l'essence de l'Esprit ». Elle se caractérise par une démarche individuelle, une insoumission à tout dogme religieux, elle consiste en un dialogue direct avec le divin. C'est une quête personnelle de Dieu, en toute liberté, pouvant s'exprimer de multiples manières, telles que la musique, l'art, la peinture, la sculpture …

La spiritualité étant une quête intérieure, elle ne possède pas de structure hiérarchique, de dogmes, elle donne un souffle de liberté. Se dégage une idée d'indépendance face à tout ce qui relève de tout pouvoir, politique et religieux en particulier. La spiritualité, c'est être libre, être responsable et devoir s'assumer soi-même, et la religion vient souvent briser cette liberté d'être responsable soi-même.

La spiritualité est la culture de la foi, la recherche du sens de la vie, une démarche individuelle (je cite en exemple Théodore Monod) mais cette démarche a aussi un caractère universel. La spiritualité va au-delà des « frontières », des barrières religieuses imposées par les religions établies.

La spiritualité est une confrontation de chacun d'entre nous à l'énigme de l'existence, aux grandes questions existentielles qui nous traversent. C'est un chemin , une route de longue haleine, un voyage que l'on parcourt seul et où les rencontres sur ce chemin deviennent des temps de partage et d'enrichissement mutuels pour notre quête intérieure. Mais attention, il ne faut pas confondre quête spirituelle et narcissisme de la société consumériste. L'Esprit souffle où il veut, il supporte très mal d'être enfermé !
 
Convergences et divergences entre religion et spiritualité :
 
Nous avons dit que la spiritualité est la quête du sens de la vie, de l'absolu. Ce mot « vie » est commun à toutes les spiritualités, il s'y dégage une idée d'unité, d'unicité, et de réciprocité. La religion est une quête vers le divin, mais avec des noms multiples : Dieu, Allah, Yahvé, Brahma … au point où si j'ose dire, on ne sait plus à quel saint se vouer ! Et cette dualité perpétuelle pour savoir quelle religion est la meilleure a généré et continue encore de générer des conflits sanglants dont les points de départ sont des idéologies et des dogmatismes.

A l'heure où la Terre est un village planétaire, nous voyons bien que les dissensions religieuses perdurent dans leurs violences, mais en parallèle, les spiritualités de différents peuples se mêlent et s'entremêlent avec comme prémisse l'idée de partage, de communion, de relation riche et harmonieuse. Je pense aux peuples nomades ayant un savoir millénaire, qui disparaissent à grande vitesse face à la sédentarisation et l'urbanisation des populations, et pour survivre ces peuples nomades nous montrent par leur spiritualité croisée la richesse que nous risquons de perdre, ce lien précieux avec le Divin. Nous assistons aussi à des conflits de plus en plus violents entre les courants fondamentalistes des grandes religions, cela risque d'aboutir à un retour archaïque des mauvais penchants de toute religion (ne pas penser par soi-même, prendre le texte au pied de la lettre, briser l'esprit critique au risque de créer de nouvelles hérésies).

Le lien entre religion et spiritualité est très vague, très flou, mais il existe une spiritualité à l'intérieur d'un cadre religieux établie, qui se nomme mystique.

Ce lien est flou, car actuellement, il y a un divorce, une séparation marquée entre religion et spiritualité. La spiritualité a pris refuge dans le cheminement des aspirations intérieures de l'être humain. Cela est-il la conséquence de l'individualisme et du repli dans la sphère privée qui caractérise notre temps ? N'est-ce pas une opportunité pour les religions établies de se remettre en cause dans leurs pouvoirs ? N'est ce pas une opportunité pour que spiritualité et religion se complètent, de quelle manière et pour arriver à quel aboutissement ?
Cependant il faut bien reconnaître que les grandes religions ont cette prétention dangereuse d'incarner la seule voie qui mène à la spiritualité, la seule vérité, et que toute démarche contraire conduit à l'hérésie.
 
Le monde actuel a besoin, a soif de quelque chose de nouveau, d'une nouvelle spiritualité, mais de quelle manière la construire, et à partir de quelle base ? Quelle référence religieuse ? Ou pas ? Comment relier (sens premier du mot religion) sans tomber dans le piège des dogmatismes et des pouvoirs ?

Face à la problématique de la préservation de la vie sur terre, ne faut-il pas écouter et se relier aux peuples nomades, pour nous apprendre à respecter toute vie sur Terre et à respecter notre Terre, à respecter la Création, chef d'œuvre de notre Créateur, de l'Incommensurable que nous nommons Dieu ? En optant pour cette voie, basée sur des idéaux éthiques (et non dogmatiques) du respect de l'humanité, et du respect de toute vie, seront brisées les chaînes de l'égoïsme et de l'égocentrisme humains. Le problème est de savoir combien de temps cela prendra et sous quelle forme cela se fera, car il est très difficile de changer la conscience collective et les carcans de nos sociétés, mais il semble urgent et indispensable de prendre cette route aujourd'hui. Peu importe le chemin emprunté, nous irons tous vers ce même « Sommet Ultime ».
 
Emmanuelle Genay,
prédicatrice laïque
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