Qu'est-ce que l'utopie ?

Publié le par la rédaction

Un rêve fécond
 
En 1516 paraît un ouvrage de Thomas More. Son titre « Utopia » intrigue. Il signifie le « Non lieu, ce qui ne peut avoir lieu ». Il rapporte le récit des mœurs exemplaires d’une population basée sur une île nommée Utopia. La vision idéale décrite par le philosophe marque à tel point l’histoire que le mot « utopie » fait désormais partie du vocabulaire de tout un chacun.
 
L’utopie désigne le rêve d’un monde meilleur non advenu. Elle parle d’une société où justice et égalité sont réalité, d’une république où le bien commun prime sur l’intérêt particulier. Est-elle l’apanage des naïfs ou accompagne-t-elle nécessairement l’évolution des idées et leur mise en pratique à travers le temps ?
 
L’utopie remplit une triple fonction : elle alimente l’espoir d’une transformation volontaire du monde réel, elle favorise l’esprit critique et elle refuse la résignation. L’utopie est signe d’humanité. L’homme seul est en effet capable de rêver à un monde différent.
 
L’utopie, c’est là où démarre notre effort de pensée et d’action, au service de quelque chose qui dépasse la réalité, qui dépasse les limites connues jusqu’ici. On a rêvé de nouveaux continents ; on a pris la mer. On a rêvé de la lune ; on y a posé une fusée. 
 
Ce qui soutient l’humanité dans son histoire, c’est ce que le philosophe Ernst Bloch appelle « le principe espérance ». Marcher vers l’avant. À l’instar de Prométhée, braver les contours de l’étroitesse pour élargir nos possibilités.
 
Si l’on ne balaie pas du revers de la main ce que nos rêves charrient de semences, on peut voir en eux ce qui féconde les lendemains du monde.
 
À chaque nouveau gouvernement, à chaque élection, on se prend à imaginer autre chose ; quelque chose de mieux et si, de ces mille pensées, l’une ou l’autre vient à s’appliquer au terrain, nous aurons progressé. Les époques se sont succédées, les utopies ont engrossé le monde, accouché des plus beaux comme des plus terribles enfants. Nul ne préjuge de leurs fruits.
 
Ce n’est pourtant pas difficile à croire, c’est toujours ce qui nous dépasse qui nous met en route. Qu’on appelle cela un défi ou la foi, souvenons-nous que le moteur de notre changement est en dehors de nous. L’utopie, c’est une altérité pensée. L’utopie ; ce « non-lieu », je vous l’annonce, a bien eu lieu. Il a eu lieu et corps en la personne du Christ.
 
C’est penser l’autre qui fait de nous des créateurs.
 
Isabelle Hummel-Gerber, pasteur

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