Rien ne peut fonctionner en dehors de nous, sans nous

Publié le par la rédaction

La Vérité existe-t-elle ?
 
Une réalité à trois dimensions
 
J'ose affirmer que la Vérité n'existe pas ! Contre tous les intégrismes qui ne cessent de brandir leur Vérité comme un étendard, je persiste et signe : la Vérité n'existe pas !
Certes les mines s'allongent à entendre une telle affirmation : chacun entend bien la défendre, cette Vérité ! Les chrétiens ne font pas exception, répliquant que Jésus lui-même aurait déclaré être la Vérité. Regardons cela d'un peu plus près. L'évangile de Jean a retenu de la tradition la phrase suivante (Jean 14, 6) : « Jésus (lui) dit : Je suis le chemin, et la vérité, et la vie. Nul ne vient au Père que par moi » (TOB).
 
La forme littéraire importe ici au plus haut point. Chaque terme est bien lié aux deux autres (chemin et vérité, vérité et vie), bien déterminé (non pas un chemin, mais le chemin, la vérité, la vie). Les mots employés sont simples, de tous les jours, concrets dans l'existence d'hommes et de femmes de cette époque :
 
  • le chemin, ce qui permet un déplacement
  • la sincérité, par opposition à ce qui est masqué
  • l'existence et les moyens pour vivre
Nul n'atteint le Père sans cette triple perspective.
 
Une solidité à trois brins
 
Pour l'évangile de Jean, Jésus déclare être « le chemin et la vérité et la vie », mais pas vérité sans chemin et vie, ni chemin sans vie et vérité, ni vie sans vérité et chemin. Ne pensez pas que cette remarque tourne à la querelle intellectuelle car il s'agit là d'une découverte spirituelle : chaque fois, le petit « et » s'intercale pour empêcher de conceptualiser de façon unique. Jamais l'un des termes sans les deux autres.
 
Les deux copules de liaison (les deux « et ») bien ancrées dans la phrase deviennent l'instrument pour signifier que nul n'atteint le Père sans cette voie à triple dimension.
 
Prenons un exemple de la vie courante : même à des champions confirmés, l'instructeur de tir va sans relâche répéter la nécessité d'observer et améliorer, pour atteindre la cible : hauteur et direction et distance. Faute de quoi un tireur rate la cible et même risque de devenir meurtrier de ceux qui l'entourent ! Ce qui nous ramène immédiatement du reste aux mouvements intégristes, meurtriers à plus d'un titre...
 
Un horizon ouvert
 
Non, dans ce texte de Jean, Jésus n'est pas une vérité, ou la Vérité tout court ! Rien ne permet d'asséner cela sur le crâne d'autrui, surtout pas l'Évangile. Aucune inquisition ne peut s'en réclamer, encore moins s'en légitimer.
 
Jésus, ici, ouvre une « voie à trois dimensions » vers le Père. Si Jésus est thérapeute de la solitude, c'est en pointant du doigt la « présence » du Père, en nous entraînant à sa suite dans la découverte de cette présence. « Entrer en présence du Père » va déplacer tous les repères, toutes les bornes de ma vie.
 
C'est concret, vécu. Considérez un enfant orphelin ou abandonné maintenant adopté par une famille, avec une maman et un papa, éventuellement aussi des frères et des sœurs : grâce à leur présence, il va vivre une transformation radicale de toute son existence. Désormais, pour lui, tous ceux qui l'entourent formeront son foyer. Mieux, tous ensemble, ils seront «le' nouveau foyer.
 
Une richesse nouvelle
 
Mais autant le dire tout net : cela ne fournit aucune vérité, ne donne aucune puissance venue de l'extérieur, rien qui ne puisse fonctionner en dehors de nous, sans nous.
 
Si l'Esprit reçu du Père est puissant dans notre vie, c'est une capacité de transformation, d'intelligence, de germination d'idées, une capacité d'affection, d'amour et d'espérance.
 
Jésus est avec nous, en projet d'espérance. Il invite à y accompagner hommes et femmes de la terre par ce triple moyen :
 
  • le déplacement actif (regarder ailleurs qu'à soi) : le chemin...
  • la sincérité franche (quitter les apparences, les faux-semblants) : la vérité...
  • l'existence solidaire (le biologique et le social reçus avec intelligence et reconnaissance) : la vie...
Une solidarité possible
 
Avancer ensemble dans la force de l'espérance remplit notre existence de vie, notre confiance de certitude, et notre spiritualité de lumière. Jésus est pour nous « le chemin et la vérité et la vie », comme nous acceptons de reconnaître en lui « le fils », par l'Esprit que le Père nous donne, et comme nous acceptons de dire que trois choses demeurent : la foi, l'espérance et l'amour.
 
Cela n'est pas descriptif, mais incitatif. Nous n'aurons jamais à convaincre l'autre manu militari de cette prodigieuse découverte – sinon ce serait douter et craindre – mais simplement le partager avec lui, s'il le veut bien.
 
Et pour cela, il suffit d'aimer, croire et espérer avec lui.
 
Voilà notre chemin de vie en vérité !
Jacky Argaud, pasteur
 
Source : Soli Déo Gloria
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