Que faut-il entendre par « confession de foi » ?

Publié le par la rédaction

A quoi sert une confession de foi ?
 
Que faut-il entendre par « confession de foi » ?
 
Dans le vocabulaire du protestantisme, l'expression « confession de foi » s'applique à deux catégories de textes.
 
1. D'abord, à des textes liturgiques, qui servent pour le culte, que l'on dit pendant sa célébration.
Ils ont pour but principal d'exprimer la foi de l'assemblée. Elle vient d'entendre l'annonce de l'évangile et elle répond à la parole de Dieu en confessant sa foi par des paroles de louanges et consécration. La confession ici s'adresse, comme la prière, à Dieu. Elle n'est pas et n'a pas besoin d'être un résumé complet, exact, précis des doctrines. Elle peut consister en un chant, en un texte poétique, en un simple cri (comme le « Maître » de Marie-Madeleine devant le Ressuscité), ou même dans certaines occasions en un geste : le fait de lever la main dans une réunion de Réveil, ou de s'avancer vers la table de la Cène. Elle a pour fonction d'exprimer l'élan du fidèle qui répond positivement à la parole de Dieu et non pas de donner une formulation intellectuelle de ce que l'on croit.
 
2. La seconde catégorie comprend des textes ecclésiastiques et théologiques qui ont pour but essentiel de définir les croyances fondamentales d'une Église, de formuler ses principes, d'indiquer le manière dont elle comprend ou interprète le message évangélique. Ces textes entendent préciser ce qu'enseigne et prêche une Église aussi bien à ses membres qu'à ceux qui n'en font pas partie. Ils indiquent l'identité théologique, spirituelle d'une Église. Ils s'adressent donc à des êtres humains, et non, comme les premiers, à Dieu. Ils ne sont pas faits pour être lus au cours d'un culte.
 
Entre les deux catégories, il n'existe pas de frontière tranchée. Beaucoup de confessions de foi sont des mixtes, par exemple la confession de foi de l'Eglise unie du Canada adoptée en 1968 et révisée en 1980 (ce texte commence par « nous ne sommes pas seuls, nous vivons dans le monde de Dieu »). La déclaration de foi de l'Église réformée de France n'est pas un mixte ; elle appartient à la seconde catégorie, et n'a normalement pas sa place dans la liturgie ordinaire d'un culte. On ne la lit que dans des occasions spéciales : culte de reconnaissance de ministère pastoral, cultes d'installation de conseils d'Églises, presbytéral, régional ou national. On la lit également au début de chaque synode, pour rappeler aux délégués les principes qui doivent orienter la vie et les déclarations de l'Église.
 
Le problème
 
Je laisse de côté les confessions de foi liturgiques pour m'interroger sur le statut et l'autorité des confessions de foi ecclésiastiques, c'est à dire celles de la seconde catégorie.
 
Pour les protestants, elles posent un problème difficile qui a conduit certaines Églises (par exemple celles de Suisse Romande) à les éliminer. En effet, les protestants soulignent que seule l'Écriture a autorité en matière de foi. Au seizième siècle, contre les catholiques, ils ne cessent de d'opposer l'autorité à la Bible à celle des textes ecclésiastiques ; ils critiquent les enseignements, les doctrines et les pratiques de l'Église au nom de l'Écriture. L'adjectif « sola » dans l'expression sola scriptura entend nier tout caractère absolu et normatif aux textes ecclésiastiques.
 
D'où le problème. En adoptant des confessions de foi, comme textes de références, auxquels on demande adhésion, les Réformés ne réintrosuisent-ils pas une interprétation obligatoire ?
 
N'interposent-ils pas, eux aussi, une tradition entre la Bible et les fidèles ? Ne restituent-ils pas à leurs instances ecclésiastiques le rôle qu'ils ont refusé à celles du catholicisme ?
 
Ce problème surgit très tôt, dans les années 1537-1545, au cours d'une dispute qui oppose Jean Calvin à Pierre Caroli. Pierre Caroli, un curieux personnage, assez changeant et versatile, occupe, en 1537, un poste de pasteur à Lausanne. Il accuse Guillaume Farel et Jean Calvin de ne pas beaucoup tenir au dogme de la Trinité, les soupçonne d'être enclins à l'abandonner et à le rejeter. Il les somme de signer les symboles d'Athanase et de Nicée-Constantinople, qui au quatrième et au cinquième siècle de notre ère ont défini et formulé ce dogme. Jean Calvin s'y refuse. Non pas qu'il se sente en désaccord avec ces symboles, encore qu'il se montre sévère pour celui de Nicée-Constantinople. Il parle de bavardages inutiles, de charabia, et écrit que ce symbole est « un poème fait pour être chanté plus qu'une formule de confession » (autrement dit qu'il peut avoir un usage liturgique, relever de la première catégorie de confession de foi, mais pas de la seconde, car il manque de précision et d'exactitude théologiques). Bien que d'accord sur le fond (mais réservé sur la forme), Jean Calvin n'accepte pas qu'on exige qu'il donne à un texte ecclésiastique l'assentiment que seule l'Écriture a le droit de réclamer. Il ne faut pas, écrit-il, « introduire dans l'Église cet exemple de tyrannie : que soit tenu pour hérétique quiconque n'aurait pas répété les formules établies par un autre ». Dans la  demande de Pierre Caroli, Jean Calvin voit donc une atteinte à l'autorité de la seule Écriture et à la liberté chrétienne. Il ne veut pas se lier aux textes de la tradition, même quand ils exposent des dogmes qui lui paraissent justes.
 
Une attitude analogue à celle de Jean Calvin se rencontre beaucoup plus tard chez plusieurs protestants libéraux au dix-neuvième siècle. Aux orthodoxes qui les pressent de souscrire à une confession de foi, ils rétorquent que seule fait autorité pour eux l'Ecriture. Ils rejettent catégoriquement l'impérialisme d'une église qui imposerait la signature d'un formulaire et qui, se faisant, prétendrait, à l'instar du catholicisme, régenter les consciences et la foi. Au synode de 1872, plusieurs libéraux se déclarent d'accord avec le contenu d'une confession de foi rédigée par Charles Bois, mais ils ne la votent cependant pas parce qu'ils rejettent le principe d'un texte que l'Église imposerait aux fidèles. Ils ne veulent pas reconnaître  d'autre autorité que celle de la Bible.
 
Le protestantisme a résolu ce problème en donnant à ses confessions de foi une autorité subordonnée et une valeur contextuelle.
 
Une autorité subordonnée
 
Que les confessions de foi aient une valeur subordonnée pour le protestantisme, trois citations le montrent.
 
D'abord, la confession de foi des Églises Réformées de France au seizième siècle, celle de La Rochelle, affirme que les livres bibliques constituent la seule autorité en matière de foi et ajoute :
 
« Ni l'antiquité, ni les coutumes, ni la multitude, ni la sagesse, ni les jugements, ni les arrêts, ni les édits, ni les décrets, ni les conciles, ni les visions, ni les miracles ne doivent être opposés à l'Écriture Sainte. Au contraire toutes choses doivent être examinées, réglées et réformées selon elle. Et suivant cela, nous reconnaissons les trois Symboles, à savoir des Apôtres, de Nicée, et d'Athanase, parce qu'ils sont conformes à la parole de Dieu ».
 
Les trois symboles ne sont donc pas absolus. Ils font partie de ces choses qui doivent être examinées, réglées et réformées d'après l'Écriture. On peut les discuter, et ce n'est que dans la mesure où ils apparaissent conformes à l'enseignement biblique qu'on les admet.
 
La confession écossaise de 1560 applique le même principe aux textes adoptés par la Réforme :
 
« Quiconque découvrira dans notre confession un article quelconque ou une proposition qui contredirait à la Sainte Parole de Dieu, qu'il veuille bien s'employer très aimablement et pour l'amour de la charité chrétienne à nous les signaler par écrit. Nous lui promettons, sur l'honneur et fidélité soit réfutation par la bouche même de Dieu, c'est à dire par sa parole, soit correction de ce dont il nous aura prouvé la fausseté »1
 
Enfin, en 1580, la formule de Concorde adoptée par les luthériens déclare :
 
« Nous maintenons rigoureusement la différence qui sépare les écrits sacrés de l'Ancien et du Nouveau Testament d'avec tous les autres écrits. La Sainte Écriture reste la seule règle et la seule norme ; elle a seule l'autorité de juger ; elle est comme la pierre de touche à laquelle il faut éprouver toutes les doctrines pour reconnaître si elles sont bonnes ou mauvaises, vraies et fausses.
 
Quant aux symboles et aux écrits dont nous avons fait mention, ils n'ont point comme l'Écriture Sainte, l'autorité de juger ; ils ne sont que des témoignages et des déclarations de foi ; ils montrent comment, aux différentes époques, l'Écriture Sainte a été comprise et interprétée... et comment les doctrines contraires à l'Écriture ont été rejetées et condamnées »2
 
Les confessions de foi protestantes sont subordonnées, amendables et révisables ; elles sont soumises à un principe supérieur. Il ne faut pas en faire des lois fondamentales et intangibles qui commanderaient tout. L'Écriture juge, les confessions de foi témoignent ; elles ont une fonction plus indicative qu'impérative ; elles expriment mais ne définissent pas le contenu de la foi.
 
Ces déclarations font contraste avec ce que proclame le Concile de Trente dans sa quatrième session (avril 1546) :

« Le Concile... reçoit et vénère avec le même sentiment de piété et même respect tous les livres, tant de l'Ancien que du Nouveau Testament... ainsi que les traditions conservées dans l'Église qu'elle considère comme venant de la bouche même du Christ ou dictées par le Saint Esprit. Il décide que personne ne doit, en se fiant à son jugement, oser détourner l'Écriture Sainte vers son sens personnel, contrairement au sens qu'a tenu et que tient encore notre mère, la Sainte Église, à qui il appartient de juger du sens et l'interprétation véritable des Saintes Écritures, ni non plus interpréter cette Sainte Écriture contre le consentement unanime des Pères ».3
 
Ici, les traditions, par exemple les textes adoptés par les conciles, se situent sur le même plan que les écrits bibliques et ont une valeur identique : ils viennent aussi directement du Christ ou de l'Esprit. De plus, il appartient à l'Église de décider du sens véritable des Écritures. L'Église dit comment on doit comprendre l'Écriture, et personne n'a le droit de discuter sa prédication et son enseignement. Dans le catholicisme classique, les confessions de foi ont une autorité suprême et absolue ;  dans le protestantisme, elles ont une autorité subordonnée et relative.
 
La contextualité des confessions de foi
 
Il faut ajouter que pour les protestants les confessions de foi sont contextuelles, c'est à dire liées aux circonstances.
 
Dès le seizième siècle, les confessions de foi réformées abondent : celle de Bâle-Mulhouse, la première Confession helvétique, le Confession de La Rochelle, la Confession helvétique postérieure, la Confession hongroise, la Confession écossaise, celle des Pays-Bas, etc., sans compter les catéchismes, celui de Genève et celui de Heidelberg. La production continue ensuite et se prolonge jusqu'à nos jours où presque chaque Église réformée a sa confession de foi particulière. Un recueil publié par le Conseil Œcuménique des Églises en compte une trentaine à travers le monde pour la période qui va de 1941 à 1981.
 
Pourquoi cette multiplicité ? Elle vient de ce que les réformés ne revendiquent pas pour leurs confessions de foi une sorte d'intemporalité qui les rendrait indépendantes des circonstances.
 
Les confessions de foi cherchent à exprimer la vérité évangélique dans les langages d'un lieu et d'une époque, en fonction des problèmes qui s'y posent. Qu'on désigne beaucoup d'entre elles par des noms de pays et une date apparaît significatif. Leur sens et leur portée tiennent à leur milieu, et à leur entourage. Des circonstances différentes demandent une autre déclaration, même si elle a fondamentalement le même contenu.
 
Karl Barth a fortement souligné ce point, au moment où sa lutte contre les nazis, et contre les chrétiens favorables à Adolf Hitler, le conduit à faire voter par un synode une Déclaration de foi, celle dite de Barmen. Dans l'Allemagne de 1934, il ne sert à rien, dit-il, de répéter et de réaffirmer les confessions de la Réforme. Il faut rédiger et adopter un nouveau texte, qui sur le fond ne dira pas autre chose que ceux d'autrefois, mais qui l'exprimera différemment, en claire opposition à Adolf Hitler et au nazisme. « Une nouvelle confession de foi, affirme Kar Barth, est nécessaire non pour innover, mais pour préciser tout à nouveau la portée de l'ancienne ».
 
Il apparaît non seulement normal, mais nécessaire que les confessions de foi se succèdent et prolifèrent. La vérité dite d'une certaine manière en un temps et en un lieu donnés doit s'énoncer autrement quand on change d'époque et d'endroit ; elle restera pertinente et interpellante à cette condition. On ne confesse pas sa foi en répétant les mêmes phrases, mais en inventant les formules inédites selon les conjonctures qui se présentent. Des situations différentes appellent d'autres formulations. Ce travail doit sans cesse se refaire. Dans cette perspective, les réformés voient dans leurs différentes confessions de foi des témoins qui jalonnent une route et dessinent une orientation. La fidélité consiste à poursuivre dans la même direction en posant de nouveaux jalons. Ainsi la déclaration de foi de l'Église Réformée de France, en 1938, « affirme la perpétuité de la foi chrétienne à travers ses expressions successives dans le Symbole des Apôtres, les Symboles œcuméniques et les confessions de foi de la Réforme, notamment la Confession de la Rochelle ».
 
André Gounelle,
Professeur émérite de la Faculté libre de théologie protestante de Montpellier
 
Source : Profils de libertés
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1 Karl Barth, Connaître Dieu et le servir, p.8. Indication analogue chez Théodore de Bèze dans la préface de « la confession de foi du chrétien », Revue réformée, n°23, 1955, p.13.
2  La foi des Églises luthériennes, p.422.
3 Gervais Dumeige, La foi catholique, p.81-82.
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