La « grâce prévenante » de Dieu agit-elle dans les religions non-chrétiennes ?

Publié le par la rédaction

Dieu et les autres religions
 
La « grâce prévenante » de Dieu agit-elle dans les religions non-chrétiennes ?
Les religions peuvent-elles être permettre à leurs fidèles d’expérimenter le salut apporté par la grâce prévenante ?
 
Je vais me référer à John Wesley, bien qu’il n’ait pas le monopole de la grâce prévenante, car il y attachait une grande importance. Sa théologie correspond au Process ou peut-être est-ce la théologie du Process qui correspond à celle de John Wesley. Pour tous les deux, la grâce de Dieu agit en tout homme, de n’importe quelle foi ou religion et peut conduire à la justification et à la sanctification. Dieu agit en eux et fait en eux tout ce qu’ils peuvent recevoir et cela peut être considérable.
 
C’est donc dans toutes les communautés religieuses que la grâce prévenante de Dieu est à l’œuvre, alors mêmes que leurs spiritualités n’en parlent pas, dans la mesure où elle est une caractéristique du christianisme. Je pense d’ailleurs que la grâce prévenante de Dieu est véritablement active lorsqu’elle est reconnue et proclamée et qu’elle peut aussi être mise en faillite, ce qui est le cas lorsqu’elle n’est jamais mentionnée. La négation de la grâce de Dieu par les pratiquants du zen ne l’empêche pas d’agir, mais une affirmation de la grâce qui conduirait à la passivité ou à l’irresponsabilité impliquerait qu’en réalité elle est absente.
 
D’ailleurs Karl Rahner, qui est le plus grand théologien catholique du XXe siècle disait que Dieu œuvre en tout homme et que les religions représentaient un effort pour en rendre compte.
 
Mon idée est un peu différente. Bien entendu tout dépend ce que l’on appelle « religion ». Si l’on entend par là des cérémonies religieuses, des croyances en des êtres ou des événements surnaturels, des obligations rituelles imposées par des responsables religieux, je n’y vois pas la grâce prévenante de Dieu.
 
Par contre bien des attitudes dites « profanes » comme donner un verre d’eau froide à un enfant qui a soif, libérer un esprit de la superstition ou briser la domination oppressante d’un clergé peuvent être d’authentiques expressions de la grâce de Dieu.
 
Je ne veux ni dénigrer ni valoriser la religion. C’est un phénomène humain important qui peut jouer un rôle positif dans la société, comme il peut aussi faire beaucoup de mal.
 
La grâce prévenante de Dieu n’agit que pour le bien des hommes ; qu’elle le fasse ou non dans le cadre d’une religion n’est pas le problème. D’ailleurs il est frappant de remarquer que les fondateurs des grandes religions étaient critiques de la religion existante de leur temps. Souvenons-nous des prophètes d’Israël qui opposaient leur exigence de justice aux habitudes religieuses du peuple et de Jésus lui-même qui négligeait et abrogeait certaines règles religieuses des pharisiens. Les prophètes et Jésus critiquaient la « religion » au nom de la volonté de Dieu de bien-être humain et de justice sociale. Une telle « religion » peut facilement devenir, aujourd’hui encore, un obstacle à la réalisation du dessein d’amour de Dieu.
 
Je pense que la grâce prévenante agissait certainement dans le Bouddha, l’Illuminé. On peut même dire qu’en lui on discerne non seulement la grâce prévenante mais aussi la grâce illuminante. Parler de « grâce justifiante » et de « grâce sanctifiante » n’aurait, dans son cas, guère de sens. Mais quel que soit le terme employé, il s’agit du même Dieu à l’œuvre dans le monde, agissant pour le bien-être des hommes. La grâce de Dieu a été à l’œuvre dans d’autres grands leaders spirituels d’Inde, de Chine et de Perse, en Socrate et Platon, dans les grands stoïciens et naturellement, quoique de manière moins spectaculaire, dans tous les autres hommes.
 
Reconnaître l’action de Dieu dans les diverses communautés religieuses ainsi que dans le monde profane nous amène à nous intéresser à leurs pensées, à leur manière de voir les choses et à leur richesse.
 
Nous croyons, certes, que nous avons, mieux qu’elles découvert la grâce de Dieu. Nous pensons que la sagesse de notre tradition chrétienne peut les aider. Nous nous efforçons non seulement de nous ouvrir nous-mêmes à cette sagesse que nous croyons utile pour les autres, mais aussi d’en témoigner autour de nous.
 
professeur émérite de l'école de théologie de Clarmont (Californie),
Traduction Gilles Castelnau
 
Source : Protestants dans la ville, le 16 mai 2013

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